Derrière la palissade

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Derrière la palissadeDerrière la palissade

Un autre monde, de l’autre côté de la palissade, où l’on meurt pour de faux, tout près du vrai.

Le terrain vague, c’est tellement mieux que la rue, où circulent les soldats allemands. Parfois, un Boche les regarde à travers la palissade. Ils s’en fichent. Le shérif, c’est le gosse à qui son père a acheté un chapeau et qui porte une belle étoile sur la poitrine. Les méchants, c’est les autres.
— Haut les mains ! Haut les mains, j’ai dit, Jack !
— Je m’appelle pas « Jack » !
— Si, Henri, tu t’appelles Jack, on fait semblant, quoi !
— Ah ? C’est rien chouette.
— Et pourquoi que tu l’arrêtes, je vous prie ? dit Emile.
— Parce que la loi, ici, c’est moi, je suis le shérif. J’ai le chapeau et l’étoile.
Thomas comprend. Il sourit en coin :
— C’est ce qu’on va voir, rascal.
Thomas met les deux mains près des hanches :
— T’es mort, shérif.
— Tu rigoles, un shérif ça meurt pas.
— Et pourquoi, je vous prie ?
Alain boude :
— Et pourquoi ils ont une belle étoile jaune, les Juifs ?
— Tout ça c’est parce que son père, il a le garage Peugeot.
— Pas du tout, fait Simon, le père du shérif, il n’a pas de garage Peugeot, le père du shérif, il fait la sieste dans son ranch et il est rudement fier de son fils shérif.
Viviane, la seule fille, s’écrit :
— Et pourquoi on irait pas tous cueillir des fleurs et qu’on serait copains ?
Elle n’attend pas et va cueillir des coquelicots, à l’ombre d’un mur noirci, derrière un pneu.
— C’est ça, chérie, fait Simon crânement alors qu’elle est loin, laisse les hommes discuter.
Les garçons rigolent.
Quand elle revient, ils ont disparu. Il ont tous été raflés.

 

  • ceciledaillet dit :

    Les enfants seront toujours des enfants heureusement, ils jouent quelles que soient les circonstances. Très léger et enlevé jusqu’à cette fin évidemment très poignante!

  • Paul dit :

    « ….et va cueillir des coquelicots à l’ombre d’un mur noirci, derrière un pneu.. » Ce rouge, cette ombre et ces noirs salis sont bien placés dans votre texte.

  • Véro dit :

    Les drames d’enfants sont toujours poignants, celui-ci nous rappelle la cruauté de l’homme, des hommes.Extrait historique innoubliable et impardonnable.

  • Oria de Timonier dit :

    Et puis le monde pour de vrai finit par envahir le monde pour de faux.

    Viviane lorsqu’elle vit ce groupe de boschs emmener ses amis en direction d’un camion, elle courût à la cache que sa mère lui avait montré pour le cas où.
    Elle en revint aussitôt et tirât plusieurs rafales en balayant tout l’espace face et au-dessus d’elle d’un côté puis de l’autre. Sa mère affectionnait autant la maîtrise des armes que la maîtrise de la gastronomie. Sophia en avait un peu profité. Les boschs tombèrent tous sans exception. Les copains détalèrent sans oublier de récupérer l’arme.
    Sophia courra à la gendarmerie demander le capitaine. C’est lui qu’il fallait aller voir si on voulait que des informations soient diffusées chez tous les boschs. Il n’hésitait jamais à violer avant de livrer les juifs : enfants, femmes ou vieillards. Elle lui dit : « capitaine il y a un groupe lourdement armée qui vient de passer en voiture et ils ont tiré sur toute la rue. »
    Sophia en repassant tranquillement devant les cadavres se disait intérieurement quel gâchis toute cette barbaque cela pourrait nourrir nos chiens affamés plutôt que d’encombrer les cimetières.
    Sa mère avait décidé de faire de son quatre heures le capitaine. La nuit venue elle déposa toute la mécanique à la caserne. Elle prévint les alentours qu’il y allait avoir un joli feu d’artifice. Le capitaine et ses aides de camp partir en fumée.
    Simon devenu adulte proposa que l’on inscrive sur le mur des Justes le nom de Viviane et de sa mère qui furent exécutées quelques temps après ces faits sur dénonciation. Mais ce fût refusé au prétexte que leur religion était celle des impurs.

  • Paul dit :

    – Ça se passait il y a longtemps cette histoire ? En France ? Des rafles ? Mais alors, il y avait l’insécurité, la violence, la mort à la porte des maisons, des bombardements même, des familles séparées… Et pourquoi ? Pourquoi ? C’est fini hein ?
    – Je ne sais pas Coco. » L’histoire est un perpétuel recommencement, » a dit un historien athénien 400 ans avant J-C… Et maintenant stop ! Plus de banane !
    Cher auteur, malgré son âge assez avancé, Coco a voulu s’intéresser à votre texte. Excusez son ignorance.

  • Une lectrice dit :

    Beau contraste entre innocence et violence !
    Cette nouvelle me donne l’envie d’écrire, ce que je m’en vais faire…

    • Max Montgomery dit :

      Voilà une excellente nouvelle !

      • Une lectrice dit :

        Un jour ensoleillé, une jeune fille accompagnée de son amie vont et viennent sur une route de campagne. Tout en allant, elles s’amusent et rient.

        Soudain, elles entendent au loin le bruit d’un avion volant à basse altitude. Chacune se précipite de son côté, pour se terrer.

        L’une en face de l’autre, ne laissant dépasser que leurs yeux, elles se regardent. Puis la jeune fille convie son amie à la rejoindre, car si là est leur dernier instant autant le passer ensemble.

        Le bruit terrifiant se rapproche, l’ombre de cet engin infernal plane au-dessus des champs et bombarde le fossé.

        Les deux amies sont l’une contre l’autre…

        Rendant grâce au Ciel, d’avoir été ainsi épargnées.

        À mon arrière grand-mère (la jeune fille)

        • Max Montgomery dit :

          Moment qui souvent inscrit la personnalité dans la recherche du sens. Spécialement se dire que quelqu’un a délibérément voulu véritablement nous tuer et a tenté de le faire…

        • ceitha dit :

          Merci pour cette courte et belle histoire qui heureusement se termine bien.

          • Max Montgomery dit :

            Vous trouvez ?

  • breuil dit :

    Quelle triste fin!


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