Flèche zen, Autorité immobile

Le pari: une nouvelle par jour en 1500 caractères.

Flèche zen, Autorité immobile

Un moment vécu au Japon, j'avais 19 ans.

Flèche zen, Autorité immobile, Le zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arcAutorité immobile du maître du tir à l'arc assis en seiza sur le tatami. Nous ne le regardons surtout pas mais l’observons. Nous sommes deux jeunes Européens, en éveil, à l'entrée du dojo, assis nous aussi.
Les grosses cigales vibrent. Le gravier du jardin zen fait des vaguelettes parallèles qui s'enroulent autour d’îlots artificiels. Courant d'air dans le pin maritime.
Il ne s'agit pas de se préoccuper de la cible. Mais d’être le vase dans lequel l’espace se concentre et exulte. Les bras du disciple élèvent l'arc au-dessus de la tête, et redescendent. La flèche s’élance.
Il en est tiré une seule toutes les 15 minutes. Les choses ne sont que la partie émergée du vivant.
Nos regard respectueux n’approchent jamais le vieux maître à moins de 3 mètres. Nous ne sommes pas des touristes avec des opinions. Nous sommes deux guerriers étrangers. Il l’a senti. Il nous jauge, sans nous regarder.
Très bien, vieux maître, tu as notre admiration, nous allons combattre, nous aussi, de loin, sans bouger. Nous accordons nos êtres au prochain tir. Communion de frères, irruption dans le dojo d’une présence dédoublée, intrépide. Notre pensée ne fait qu’une. Notre regard anticipe tout et ne s'attache à rien. Soudain, notre souffle expurge toutes les pensées de nos poumons, saisit l'espace et fond sur le cœur de l'horizon.
La flèche du disciple
Le maître a sursauté
parfaite, frappe la cible
Il se tourne sensiblement vers nous.

Plus tard, il vient vers nous et s’incline.
— Félicitations, dit-il.

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3 réflexions au sujet de « Flèche zen, Autorité immobile »

  1. Ou comment détourner un sujet:
    Le maître vénéré a dit « félicitations » à ses jeunes disciples. L’un d’eux en parle encore, je me demande pourquoi. L’atmosphère du lieu était particulière; l’absence de regard intimidante. Une concentration d’un quart d’heure avant chaque tir peut-elle se faire dans un autre environnement, un autre contexte ? L’exploit a été indiscutable donc l’enseignement parfait ? Les félicitations de la fin sont méritées mais, dans sa culture, le maître voulait-il dire autre chose ?
    En Occident peut-on se contenter d’une simple appréciation sans commentaires ? Quand le Maître s’est approché de vous y a-t-il eu échange de regards ?
    Un exercice parfaitement réussi rapproche l’élève du maître à vie.
    Que fait un exercice manqué? Un échec répété ?

    Bientôt la rentrée… Nos enseignants ont sur les épaules la confiance en eux de tous nos enfants et il ne s’agit pas de les duper… Bon courage à tous!

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  2. Lâcher sa flèche pour atteindre la cible est-il plus important que tout le reste? Finalement une fois que la flèche est partie il n’y a plus que la fin et le néant ensuite. L’art n’était pas dans le fait de toucher au but mais bien de se préparer et de savourer ces moments, tout ce qui vient après n’atteindra finalement jamais la tension et la jubilation du moment précédent l’envoi.

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  3. Bel exemple du rapport ultra respectueux de l’élève envers son maitre, l’atmosphère et la concentration sont très bien détaillées.

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