Category Archives for Le pari: une nouvelle par jour en 1500 caractères !

Ceux à qui Einstein doit sa célébrité

Inconnus aujourd'hui, ils firent sa gloire. Tout ce que je rapporte ici est strictement exact.

Nous nous appelons Michele Besso, Louis Bachelier et Henri Poincaré. A nous trois, nous avons fait la célébrité de notre confrère, Albert Einstein.

Albert a eu beau dire qu’il devait à Michele, ingénieur romantique et surdoué, "son brillant concours" et qu’il lui devait "maintes suggestions intéressantes", l’Italien est ignoré du public. Dans une lettre de 1939, Michele lui a rappelé ses contributions, spécialement pour quatre articles qui ont fait la gloire d’Albert, par exemple au sujet des quanta de lumière, qui sont de Max Planck.

Pour l’effet brownien, c’est Louis Bachelier, un jeune prodige français, qui en a fait le sujet de sa thèse, en 1900.

Le 5 juin 1905, Henri Poincaré, un autre Français, a présenté à l’Académie des Sciences une note publiée dans les Comptes-rendus et connue du monde entier et qui parle de la relativité restreinte. Le 28 septembre, Albert a 25 ans et reprend les travaux de Poincaré, l’idée d’une théorie de la relativité, alors qu’il n’a même pas son doctorat.

Enfin, E=MC² a été découvert par Poincaré le premier, ainsi que le reconnaît Albert Einstein lui-même en 1906, dans "Annalen des Physick".

Il se trouve qu’un autre Italien avait découvert cette même théorie après Poincaré et avant Einstein : Olinto de Pretto.

Voilà pourquoi Albert écrivit : « Depuis que j’ai eu la bonne idée d’introduire le principe de relativité dans la physique, vous et beaucoup d’autres avez surestimé mes aptitudes scientifiques au point que cela me rend mal à l’aise. »

Henri Poincaré

Henri Poincaré

Que cessent vos pillages, naufrageurs

Voilà comment l’Église, dans les premiers temps, domestiqua des mœurs sauvages. Avec une intelligence redoutable et beaucoup de patience, elle éteignit le droit au meurtre des premiers Francs, et celui que s’arrogeaient plusieurs nations barbares.

naufrageurs-2014-05-27-10-17-36Sur la côte bretonne autrefois, il y avait certains villages bruns, fouettés par le ressac, qu’habitaient les descendants de pirates saxons. Derrière eux la contrée s’étalait en une infertile lande, aussi âpre et ingrate que la mer ; l’une comme l’autre exigeait travail, souffrance, peine, et ne rendait que peu.
L’équinoxe venant, ces gueux espéraient qu’un navire s’échoue. Ils pouvaient allumer des feux sur les boucans pour diriger les navires droit sur la grève. Si l’échouage avait lieu, ils se ruaient au pillage des vivres dispersés dans les récifs. Quant aux survivants, leur méchanceté était telle qu’ils les achevaient.
Pour leur rappeler la charité du Christ mort pour eux sur la croix, le monastère de Sein leur dépêcha un vieux moine pétri de l’esprit des Apôtres, et rusé. Le vieillard, la tête couronnée de cheveux blancs et le visage austère, vint s’établir là.
— La mer et la terre sont à Dieu, leur dit-il gravement. Vous ne pouvez rien lui prendre sans vous voler vous-mêmes. Pour chacun de vos crimes, vous aurez à payer.
Et en effet il établit une offrande pour chaque vol, pour chaque meurtre.
A la lune suivante, il prétendait qu’il fallait payer un peu plus. Celle d’après, plus encore.
Bientôt, les riches seuls pouvaient payer; et comprirent qu’ils se ruinaient lentement. Les pillages, dépréciés, cessèrent. Le moine patienta encore quelques temps avant de les déclarer illicites.
Il ne fallut qu’une génération pour que ces pillards fissent de bons enfants du vrai Dieu.

Sécurité ouin-ouin

Je ne sais pas ce que je déteste le plus : l’argument sécurité ou l’argument emploi.
Nouvelle en 1.500 caractères maximum.

La petite bande s’approche du ponton pour louer quelques petits bateaux. Les jeunes sont éméchés, ils veulent s’amuser. Ils s’embarquent. Ils ont vite fait de jouer aux autos tamponneuses. L’un d’eux tombe à l’eau au milieu du lac. Il remonte à bord de son embarcation. Mais c’est trop tard, c’est la panique sur la rive. Un quart d’heure plus tard, le Samu, la police et les pompiers sont là, il ne manque que l’Armée de Terre. On alerte le maire et le Conseil général qui a financé une partie de l’installation. C’est grave. Il aurait pu y avoir un mort. Au moins. On en parle au journal. Une famille ouin-ouin témoigne qu’elle aussi aurait pu perdre un enfant si elle était montée sur un bateau, si un enfant était tombé, si on ne l’avait pas vu et s’il s’était noyé.petit-bateau-a-voile-en-bois-laque-qui-flotte-sur-l-eau-961414945_ML

Le ministre se rend sur "les lieux du drame". « Quand j’ai appris ce qui s’est passé, les bras m’en sont tombé des mains. Ce qui est menacé, ce sont les valeurs humanistes, car la vie humaine est au centre de la vie de l’homme. Il faut se retrousser les bras pour la sécurité. Si nous ne faisons rien, il y aura des morts, c’est écrit comme sur du papier à roulette. »

Le public est content, de toute façon il ne parle plus le français. Un projet de loi passe. Il n’y aura plus de petits bateaux sur l’eau ni aucun type de détente nautique.
380 gérants apprennent qu’ils doivent fermer. 224 se retrouvent au chômage sec. 32 se mettent à la boisson, 53 battent leur femme ou leurs enfants, 29 font une dépression, 3 se suicident.

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Illustration du principe:

"Une dernière faveur ? C’est non !

Thérèse H. avait presque cent ans. La vie lui adressait un dernier sourire, une embellie fugitive, le dernier soleil avant la nuit. Et avant de partir, sans drame, il lui restait juste une dernière envie, une dernière faveur à demander.

Il fallait que ce soit bien important pour qu'elle ose ! Thérèse avait toujours eu scrupule à déranger, à réclamer quoi que ce soit… Elle était discrète comme une souris ! Pourtant, ce matin-là, quand le directeur de l'établissement passe la voir, et bien, pour une fois, elle a une requête à lui présenter…

Elle voulait juste un œuf à 30 centimes !

Oh, pas grand chose ! Thérèse, qu’on ne nourrit plus que par perfusion, voulait simplement manger un œuf à la coque !

– Avec une pincée de sel, ajoute-t-elle, et une mouillette, une bonne mouillette de pain frais, bien beurrée.

Le directeur s'empresse d'accepter. Il est heureux de pouvoir donner satisfaction, ému aussi. Car il a bien compris, lui : ce que demande Thérèse, c’est en somme sa dernière volonté.

Sans se douter de ce qui l’attend, le directeur file à la cuisine pour passer commande de son œuf.

Surprise, stupéfaction ! Le cuisinier lui oppose un refus catégorique. Pas question de faire entrer dans l’établissement un œuf dans sa coquille – même de première fraîcheur. Le règlement l’interdit, question de sécurité alimentaire ! L’œuf autorisé, l’œuf réglementaire, c’est un produit en Tetra Brick, un point c’est tout. Ceci pour préserver la santé des pensionnaires.

Le directeur tente vainement de vaincre la résistance de son maître cuisinier, qui ne veut pas se mettre dans son tort. Il s'efforce ensuite de convaincre la diététicienne, mais il est confronté à un argument sans réplique : le règlement, c’est le règlement !

Alors il se tourne vers les associés actionnaires de l’établissement, qui refusent eux aussi toute entorse à la règle ! Il est vrai qu’on risque gros, l'interdiction, la fermeture, si la « faute » commise venait à s’ébruiter et arriver aux grandes oreilles de l’autorité administrative.

Voilà pourquoi Thérèse a attendu son œuf. Elle s'est étonnée de ne pas le voir arriver. Elle s'est demandé pourquoi on lui refusait ce dernier petit plaisir… Puis elle est morte, le lendemain, en silence."

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Autre illustration: les ados arrêtés: ils étaient en train de déneiger la rue.

Seigneur, merci de m’avoir fait d’abord crapule !

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Seigneur, merci de m’avoir fait d’abord crapule !

— No te mueves, chapparòn !
— Ne t’énerve pas, Carlito.
— Cabròn, comment je vais te bouffer ? Avec la salsa épicée ou sans. Qu’est-ce que t’en dis, Manuel ?
Seigneur, merci de m’avoir fait d’abord crapule !

Le Manuel en question n’était pas de survie, c’était plutôt de bricolage : il jouait avec une disqueuse. C’est un outil que je n’aime pas, pour tout vous dire. Ils ne m’ont pas préparé à ça, au séminaire. Parce que je suis prêtre, pas flicard.
— Ecoutez, mes brebis égarées, je vous l’ai dit, je suis padre.
— Ouais ! Et moi, si je m’appelais Hugo, je pourrais être Hugo Chavez, coño, manque de chance... je ne m’appelle pas Chavez.
Ça fait rigoler le Manuel.
— J’officie à la paroisse de San-Antonio-del-Beru, j’ajoute.
Les deux gars se figent. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui les indispose, mes agneaux. C’est comme si je leur avais dit que j’étais le big boss du cartel de Medellín.
— C’est toi, le padre Hernandez ?
— Ça a l’air de vous plaire moins que la grippe aviaire…
— Ah ? Aaaah !
— …C’est tout ? Demain on travaille le "B".
— Padre, tu es sérieux ?
— Autant que la Réserve Fédérale. Pourquoi ?
Je la jouais modeste. Oui, j’étais effectivement un ancien de la mafia, 73ème degré encore, du genre à obtenir les jambes de n’importe quel pedro sur un plateau. Mais mon Dieu, je vous l’ai déjà confessé.
Ils tombent à genoux, les duettistes ! Voilà qu’ils me font le numéro de Jeff et Dan Montfroc, puis celui d’Alonzo Tapis. Ils pleurent sur mes chaussures.
Madre de dios, merci de m’avoir fait d’abord crapule.

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Grâce éthérée de Proserpine, fille de Jupiter !

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Grâce éthérée de Proserpine, fille de Jupiter !

Fille de Jupiter et de Cérès, Proserpine, aussi appelée Perséphonê, est la reine des enfers.
Thésée tenta de l'enlever, en vain.

Fille de Jupiter et de Cérès, Proserpine, aussi appelée Perséphonê, est la reine des enfers.
Thésée tenta de l'enlever, en vain.

Thésée adorait la déesse, vénérée en Sicile sous le vocable de Vierge qui Sauve, plus que les mythologues. Il jalousait Adonis, sombré dans les enfers, qu’elle aima.
En Mysie, Thésée lui sacrifia un taureau noir, fondit une médaille la ceignant d’une couronne d'épis et de flambeaux entourés de serpents et d'un bœuf.
— Perséphonê, tes chevaux t’ont ramenée du royaume de Pluton à l'Olympe. Ta nature tellurique et sidérique a dompté le taureau solaire. Pourquoi as-tu engagé mon âme dans le labyrinthe de l'existence ?
A ces mots fatals, Thésée mourut. Il s'endormait entre les bras de la déesse d'un sommeil mystique. Descendu aux enfers, il découvrit que la joie et l'amour régnaient là où il pensait trouver l'épouvante et la solitude. Proserpine avait changé le séjour infernal en une aube immortelle. Elle était inatteignable, et lui sur son sein !
— Déesse au profil résigné, fantôme vêtu d’éther qui, flambeau en main, passe au clair-obscur de la mort, l’artiste qui drape de marbre blanc ta beauté pure te voit fuir en un reflet de nuée !
Elle répondait sans l’entendre:
— Pluton, de force, a fait de moi son épouse. Je lui disais : Ô dompteur d’un peuple lâche et sans force, quelles furies t’agitent ? Comment oses-tu, quittant le siège de ton empire, profaner, du pas de tes quadriges infernaux, jusqu’au Ciel !
Assise dans les Champs Elysées, elle portait au front les marques de sa douleur.
— Moi, je suis là, fit Thésée.
— Pauvre mortel, lui dit-elle attendrie. Meurs pour toujours.

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Flèche zen, Autorité immobile

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Flèche zen, Autorité immobile

Un moment vécu au Japon, j'avais 19 ans.

Flèche zen, Autorité immobile, Le zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arcAutorité immobile du maître du tir à l'arc assis en seiza sur le tatami. Nous ne le regardons surtout pas mais l’observons. Nous sommes deux jeunes Européens, en éveil, à l'entrée du dojo, assis nous aussi.
Les grosses cigales vibrent. Le gravier du jardin zen fait des vaguelettes parallèles qui s'enroulent autour d’îlots artificiels. Courant d'air dans le pin maritime.
Il ne s'agit pas de se préoccuper de la cible. Mais d’être le vase dans lequel l’espace se concentre et exulte. Les bras du disciple élèvent l'arc au-dessus de la tête, et redescendent. La flèche s’élance.
Il en est tiré une seule toutes les 15 minutes. Les choses ne sont que la partie émergée du vivant.
Nos regard respectueux n’approchent jamais le vieux maître à moins de 3 mètres. Nous ne sommes pas des touristes avec des opinions. Nous sommes deux guerriers étrangers. Il l’a senti. Il nous jauge, sans nous regarder.
Très bien, vieux maître, tu as notre admiration, nous allons combattre, nous aussi, de loin, sans bouger. Nous accordons nos êtres au prochain tir. Communion de frères, irruption dans le dojo d’une présence dédoublée, intrépide. Notre pensée ne fait qu’une. Notre regard anticipe tout et ne s'attache à rien. Soudain, notre souffle expurge toutes les pensées de nos poumons, saisit l'espace et fond sur le cœur de l'horizon.
La flèche du disciple
Le maître a sursauté
parfaite, frappe la cible
Il se tourne sensiblement vers nous.

Plus tard, il vient vers nous et s’incline.
— Félicitations, dit-il.

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Tour contre pion, la tour gagne

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Tour contre pion, la tour gagne

La tour date du 16ème siècle. Les deux tourtereaux y montent, comme s’il s’était agi d’un pigeonnier. Là-haut, ils seront plus à l’aise. L’escalier en colimaçon est à chaque marche concavé par l’usure des pas du temps.
Ils ont une belle vue, au sommet. Il lui donne aussitôt ce qu’elle est venue chercher : un sachet de poudre. Elle le plonge dans son sac.
— Il y en a pour 200.000, capice ?
Tour contre pion, la tour gagneElle acquiesce. C’est sa première fois. Il l’en a convaincue. Assez facilement il faut dire, avec tout l’argent qu’il a et un physique enviable.
Ils redescendent sagement. Elle a une pensée lubrique, la situation l’a quelque peu ramollie. Elle le regarde par en-dessous. Un bruit de pas lourds se fait entendre juste avant qu’elle ne tombe nez à nez avec un carabinier.
— Pardon, fait-elle en se collant au mur. Elle s’est à demi-étranglée, le policier intrigué s’arrête entre eux deux :
— Francesi ?
— Oui, fait-elle.
— Ouvrez votre sac.
Vertige soudain. Elle s’appuie sur la muraille. Elle regarde son ami, qui met le doigt sur les lèvres. Elle voit un pistolet approcher lentement de la nuque du policier. Le flic ne se rend compte de rien.
Elle regarde son complice, elle lui fait des yeux suppliants. Dialogue muet : « Ne le fais pas » « T’occupe. »
Tout dépend d’elle :
— On faisait… commence-t-elle en balbutiant, on faisait… Enfin, vous savez, quoi.
Le policier a l’air de comprendre.
— Ah, oui ? Eh bien, ne faites pas ça ici.
Dans sa nuque, l’arme recule.
— Mamma ! i giovani ! Allez, circulez.

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Vous êtes sur 107.7

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Vous êtes sur Radio Trafic, 107.7. On revient sur l’A30, et le piéton, à hauteur de Venciene, qui frappait vos véhicules avec une barre de fer, rappelez-vous nous vous recommandions la prudence. Eh bien, la gendarmerie signale que le piéton a été fauché avant l’intervention des services, c’est ça Yannick ? — Oui, tout à fait, le piéton a été fauché, il n’y a donc pas eu vraiment de perturbation et le trafic est redevenu fluide, voilà vous circulez normalement sur l’A30. — Et sur l’ensemble du réseau ? — Alors, on va nuancer, on a une partie nord qui roule bien, sauf toujours la coupure à hauteur de Niort perturbée par les combats entre gangs de la route et forces gouvernementales, mais tout cela reste je dirais habituel et ne présente pas de problème pour vous qui écoutez Radio Trafic. En revanche, au sud… — C’est plus compliqué. — Oui, on a quMad max France Vous êtes surelques points noirs, Bison Futé signale une journée rouge dans le sens de l’exode. Vous payez à trois péages spontanés actuellement à Bordeaux, Nice. Alors, je rappelle les consignes, vous payez et déposez votre réclamation à votre agence Racket Emploi la plus proche. Ne tentez pas, hein, de vous faire justice vous-même, bien sûr, ne faites pas comme ce conducteur qui a essayé de forcer un barrage lundi et qui a été abattu sur place. — Et dans le Bassin parisien ? — Eh bien, vous roulez normalement à Paris et périphérie, ce qui s’explique en partie avec le blocus opéré par les troupes d’occupation. — Merci, un point complet dans 1mn. »

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Sur la frontière birmane, entre deux guerres

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Sur la frontière birmane, entre deux guerres

L’aventurier italien ajuste sa casquette de marine. Les pales du ventilateur plafonnier brassent l’atmosphère.
— C’est un bon transistor japonais, fait le marchand russe.
— C’est un poste Pathé français que je veux.
— Ecoutez ça, l’ami, ça vaut bien les Pathé.
Le Russe tourne le gros bouton.
« …nance de Shanghai : Près du pont Marco-Polo, un détachement de troupes japonaises de Fong-t’ai est parti faire des exercices de nuit… »
— C’est pas du bon matériel, ça ? Un surplus volé sur un train japonais.
« …lorsque des troupes chinoises ont ouvert le feu. »
— Pas bon, ça, murmure l’Italien.
— Ça va, fait le Russe en coupant le transistor. Les Beretta 38, les détonateurs anglais, l’opium, les camions russes et les pistolets de marine allemands, ça nous fait, 59.600 dollars chinois. Demain, des amis musulmans vous emmènent à Fong-tao. Un ami ataman cosaque vous présentera à la comtesse Vesnaïa qui vous achètera les détonateurs. Vous payez, oui ou non ?
L’Italien écarta le voile de la fenêtre et :
— Demain ? Je me demande si je verrai demain.
Le Russe saisit un revolver sur la table et grommèle :
— Ça va. J’ai un général nationaliste qui attend, à côté. Filez d’ici !
L’aventurier sort lentement sous la pluie battante, enfile son manteau de fourrure, en ajuste le col. Son chauffeur amène une guimbarde, qui l’emporte dans les flaques d’eau. Il croise des camions bâchés de l’armée indo-britannique qui remontent vers le Nord. La frontière birmane est mal fréquentée, décidément.

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Black Vinyl

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Black Vinyl

Detroit, la "motor town". Verrière sale de l’immeuble Motown. Les 5 gamins se sont habillés comme en représentation, couverts de strass, avec les dernières économies de leur mère. Le producteur les regarde. Ils ont l’air de débarquer d’une réclame Aunt Jemima.
— Vous êtes d’où, les gars ?
— De Gary, m’sieur Gordy.
— Ah ? c’est vous, les fils de Joe ?
Ils se cognent sur les poings.
— Oubliez ces manières, kids. On rigole pas, ici.
— Nous, ce qu’on veut, c’est faire de la musique.
— Vous êtes habillés comme des flacons de désodorisant.
— Ah non, m’sieur, on est pas des désodorisants. Moi, je m’appelle Jermaine, lui, c’est Tito, voilà Jackie, Marlon et là, c’est Michael, notre petit frère.
— Je veux pas savoir vos noms ! s’emporte Berry Gordy. Marvin Gaye, il a un nom. Ray Charles, Smokey Robinson, Diana Ross, les Four Tops, Mary Wells, ils ont des noms !
— Mais nous on les aime bien, les grands-pères.
— Fermez-la ! J’ai appris à se tenir droit, et même à boire et manger à tout ce qui chante et qui est noir, dans ce métier. Alors fermez-la ! Et toi, mon petit gars, tu ne dis rien ?
— Vous savez, m’sieur, Michael, il est timide.
— Regarde-moi dans les yeux, mon petit. On doit travailler deux fois plus. Tu sais pourquoi ? Parce que nous sommes des Noirs, dans un monde de Blancs.
— Oui, monsieur.
— Alors ?
— Je peux chanter quelque chose ?
— Chante. N’aies pas peur. J’ai entendu des chèvres chanter. Vous avez de la chance que Joe Jackson, votre père, soit un ami. Allez, petit, vas-y.

Black Vinyl Pochette de l'album Motown Legends Jackson Five
http://www.youtube.com/watch?v=44_qWFAdjqQ

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