Seigneur, merci de m’avoir fait d’abord crapule !

Le pari: une nouvelle par jour en 1500 caractères.

Seigneur, merci de m’avoir fait d’abord crapule !

— No te mueves, chapparòn !
— Ne t’énerve pas, Carlito.
— Cabròn, comment je vais te bouffer ? Avec la salsa épicée ou sans. Qu’est-ce que t’en dis, Manuel ?
Le Manuel en question n’était pas de survie, c’était plutôt de bricolage : il jouait avec une disqueuse. C’est un outil que je n’aime pas, pour tout vous dire. Ils ne m’ont pas préparé à ça, au séminaire. Parce que je suis prêtre, pas flicard.
— Ecoutez, mes brebis égarées, je vous l’ai dit, je suis padre.
— Ouais ! Et moi, si je m’appelais Hugo, je pourrais être Hugo Chavez, coño, manque de chance... je ne m’appelle pas Chavez.
Ça fait rigoler le Manuel.
— J’officie à la paroisse de San-Antonio-del-Beru, j’ajoute.
Les deux gars se figent. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui les indispose, mes agneaux. C’est comme si je leur avais dit que j’étais le big boss du cartel de Medellín.
— C’est toi, le padre Hernandez ?
— Ça a l’air de vous plaire moins que la grippe aviaire…
— Ah ? Aaaah !
— …C’est tout ? Demain on travaille le "B".
— Padre, tu es sérieux ?
— Autant que la Réserve Fédérale. Pourquoi ?
Je la jouais modeste. Oui, j’étais effectivement un ancien de la mafia, 73ème degré encore, du genre à obtenir les jambes de n’importe quel pedro sur un plateau. Mais mon Dieu, je vous l’ai déjà confessé.
Ils tombent à genoux, les duettistes ! Voilà qu’ils me font le numéro de Jeff et Dan Montfroc, puis celui d’Alonzo Tapis. Ils pleurent sur mes chaussures.
Madre de dios, merci de m’avoir fait d’abord crapule.

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2 réflexions au sujet de « Seigneur, merci de m’avoir fait d’abord crapule ! »

  1. – Je vous ai vu venir de loin a-t-il dit. Je vous ai reconnu, je vous ai déjà vu.
    – La belle affaire ! Vous ne m’auriez pas reconnu si vous ne m’aviez jamais vu ! Nous nous sommes rencontrés l’année dernière à Marienbad…
    – Je n’étais pas l’année dernière à Marienbad.
    – Ah ! Moi non plus ! ça devait être deux autres personnes !
    – Je suis sérieux !
    – Sainte Mère ! Je le suis aussi !
    – J’y étais vous dis-je ! et vous aussi ! La preuve, je vous ai reconnu ! Si vous n’y aviez pas été, je n’aurais pas pu !
    – Alors on est fous tous les deux ?
    – Vous oui ! Moi non ! C’est fini, je suis devenu psychiatre.

    Cette histoire ne se passe pas en Colombie, ni à Paris ! Elle est vraie cependant, tout comme celle du prêtre (de la nouvelle) qui avait eu une bonne formation plurielle bien utile !

    Dans l’histoire précédente, chère Viviane, c’était simplement un mec qui se prenait un râteau par une nana un peu enragée. Ils auraient pu s’appeler Fernand et Marinette. Il ne faut pas se laisser intimider par les auteurs aussi érudits soient-ils !

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  2. Quelques temps après où en sommes nous?
    L’ambivalence des sentiments fait de nous des êtres multiples. Enfant je me régalais de jouer au gendarme et au voleur, chaque rôle était pour moi une source de plaisir. Après, les gens choisissent leur camp. Certains le choisissent-ils trop tard ? Il vaut mieux tard que jamais ! Qu’est-ce qui fait changer un homme ? Sa confrontation avec la réalité. Un prêtre est-il au-dessus de tout, dans le dogme total, dans un monde à part ? Je pense que non, qu’il lutte, doute, cherche à comprendre, et en fin de compte à aider les autres à être lucides.

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