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L’article poursuit sur sa lancée et fait un distinguo entre savoirs fondamentaux et savoirs secondaires.

apprendre livre apprentissage http://l-ecole-a-la-maison.comCette distinction, c’est un formidable moyen de gagner du temps !

Nous avons dit que vous devez travailler à fond sur les savoirs fondamentaux. Vous serez acharné(e) sur ce qui aidera toujours votre “grand” ou votre “grande” dans la vie. Répétons-le : une écriture honnête, une orthographe impeccable, une lecture exercée ; savoir compter de tête ; en savoir assez en histoire-géo ; parler assez bien une ou deux langues étrangères, pratiquer un ou deux arts si l’on peut, spécialement la musique.
Que faut-il ensuite, toujours fondamentalement. Savoir réfléchir, aménager ses idées, et les exprimer. Savoir se débrouiller seul, c’est-à-dire être autonome. Avoir une bonne santé et faire du sport. Donnez-lui avec ça une bonne éducation, du cœur, de la curiosité et un goût pour la lecture et votre enfant est sauvé !

On n’a pas besoin de plus. Il n’y a pas besoin de beaucoup plus que ça. Le reste est secondaire, pas forcément inutile, mais secondaire. Voilà à peu près ce que nous disions.

Pourquoi et comment faire un choix parmi les savoirs ? Est-ce que la vitesse de pointe du TGV n’est pas aussi important que la notion de bien public, tel que décrit par Nicolas Machiavel dans Le Prince ? Non, la vitesse du TGV est une donnée fluctuante et non-structurante pour l’esprit, puisqu’elle ne permet pas spécialement

  • de favoriser la pensée,
  • d’augmenter la valeur de la pensée,
  • de faire un bien spécifique à celui qui pense.

En revanche, la lecture du Prince produit invariablement une augmentation de la pensée, de la valeur de la pensée et produit un bien qui, en l’espèce, passe notamment par deux axes machiavéliens: la notion de bien et de mal en ce monde et le discernement pour favoriser le bien.

On sent tous que les textes ont des dimensions variables. Cette dimension dépend du pouvoir structurant de ces textes. Il y a des textes ou des savoirs qui élèvent la personne, qui la “structurent”, c’est un tout petit nombre et il n’y a pas besoin de courir le monde pour les trouver, ils sont tous à votre portée, c’est une chance d’ailleurs, mais il faut quand même aller les chercher parce qu’ils ne viendront pas à vous tout seuls.

Il y a d’autres savoirs qui ne produisent rien, la grande masse médiocre, qui elle vient à vous et vous envahit, vous inonde en permanence, et contre laquelle il faut souvent se battre. Que ce soit la télé, la radio, les médias sociaux, c’est une avalanche constante de fausses valeurs, de citations à deux sous, de principes en plastic, d’œuvres au rabais, de bons sentiments, une marée de larmes, une hécatombe de sourires convenus, bref, c’est le tout-venant.

D’autres enfin déstructurent, c’est-à-dire sont carrément nocifs pour le lecteur; un nombre réduit mais croissant en période de trouble ou de chute civilisationnelle. Ils vont tenter de toucher votre enfant tôt ou tard, à votre insu, et donc vous allez y parer en forgeant l’âme de l’enfant de manière à ce qu’il ne se laisse pas corrompre: un enfant qui a reçu de bons savoirs, structurants, a en lui des contrepoisons qui lui permettent de reconnaître du premier coup d’œil ce qui est dangereux pour lui et, mieux encore, va effacer au fur et à mesure de sa mémoire ce qui le blesse. Un enfant à qui on a donné du bien, du beau, du bon, a une tendance naturelle à oublier ce qui n’en vaut pas la peine et ce qui est néfaste pour lui (à vous de ne pas cultiver ces choses-là, de ne pas les lui rappeler etc.).

En revanche, c’est beaucoup plus difficile de donner à un enfant de quoi lui permettre de distinguer ce qui ne lui apporte rien. En général les enfants savent très bien ce qui est mauvais ou dangereux mais ils sont désarmés face au néant, à la banalité, au médiocre, aux savoirs sans intérêt: ils sont souvent des éponges. Il faut dire que ce qui nous paraît banal leur est souvent une nouveauté, il faut souvent en passer par là sans préjuger de leur niveau et subir, nonens volens, l’admiration échevelée de nos ados pour des amuseurs grotesques, des spectacles qui doivent tout aux effets spéciaux et rien au texte, des musiquettes entièrement remixées des morceaux de nos meilleures années, des causes mondialistes etc. C’est dans l’ordre des choses, rappelons-nous qu’il y a eu des parents amoureux de la lumière naturelle et divine désespérés par des ados partisans des vitraux colorés. A chaque génération son lot.

Quoi qu’il en soit, le parent souhaite ce qu’il y a de mieux pour l’enfant et choisit donc des savoirs structurants qui vont à la fois construire l’enfant et le “vacciner” contre la médiocrité ou les poisons. Mais en quelle quantité, et comment les faire passer ?

Les savoirs structurants et leur quantité

Le cerveau de l’enfant peut emmagasiner beaucoup, encore faut-il deux choses : que ces savoirs soient effectivement bons, c’est à dire reliés à une connaissance structurante — et non seulement de l’information hétéroclite — et qu’ils soient délivrés avec ordre et méthode, de manière construite.

Parfois, un enseignant qui a un hobby particulier peut enseigner un peu plus, en enseignant ce qui précède le savoir, ou son utilité, ses applications. Mais c’est finalement très rare. A notre sens, nous le redisons, on fait beaucoup trop travailler les enfants, leurs devoirs sont trop lourds et en même temps inconsistants, on leur demande d’apprendre des tas de choses inutiles, c’est plus ridicule et superficiel qu’au temps du Bourgeois Gentilhomme. Nous nous souvenons d’un texte d’une page dont le professeur demandait l’analyse de tous les mots ; c’est plus qu’exagéré.

Par conséquent, sachez ne pas trop en faire. Décollons un peu le nez des manuels et du programme. Nous ne disons pas qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain, nous ne sommes pas des adeptes du “unschooling”, c’est-à-dire de l’absence d’enseignement, il est bon aussi de faire travailler sa mémoire sur des savoirs qui ne resteront pas, mais nous constatons qu’il y en a trop aujourd’hui et qu’au contraire on néglige des savoirs essentiels.

Nous venons de dire qu’il est bon aussi de faire travailler sa mémoire sur des choses qui ne resteront pas, c’est le moment de dire que la recherche de la qualité ne doit pas dégoûter de la qualité. Ne soyons pas toujours dans le haut de gamme, la pensée philosophique, le concept principiel et l’avènement du Royaume des Cieux. Oui, personnellement je fais un effort de ce côté-là, pour “redescendre sur terre” comme on me dit, en tant qu’ado je n’ai jamais rien aimé autant que les conversations de haut niveau, je détestais les conversations plates et c’est toujours le cas; il faut qu’il se passe quelque chose. Mais il faut qu’il y ait de temps en temps relâche. Si la Grèce antique ou le Japon médiéval autorisaient les tavernes, c’était pour laisser retomber la pression, faire sortir un peu de la pensée pure, vecteur d’affrontements. De même, vous ne faites pas que lire des textes spirituels à table, vous n’exigez pas sans cesse une conversation de haut vol. Sinon, d’un côté vous risquez de dégoûter l’enfant, de l’autre vous risquez de l’enflammer et de le fanatiser. Voilà pourquoi les parents doivent aussi tolérer la vacuité de propos sans intérêt. Et favoriser régulièrement des conversations plus élaborées. Elever progressivement. Vous voyez que là encore, on est dans le progressif, le chemin naturel.

Y a-t-il dans les cours des choses inutiles ?

Les cours par correspondance que nous vous avons recommandés font en principe attention à ne pas bourrer le crâne de l’enfant.

A l’école, chaque prof exige que l’élève ingurgite son lot. Mais il est clair qu’aucun d’entre eux ne serait capable d’ingérer tout ce que l’élève doit apprendre. L’enfant n’a pas besoin de la moitié de ces calembredaines. Le programme scolaire peut être utilement nettoyé et débarrassé de ses scories, vous y gagnerez du temps et votre enfant aussi. Tournez la page ! (ne vous éloignez pas trop non plus du programme si vous voulez que l’enfant ait son Bac, naturellement).

Oui, vous pouvez épurer si votre cours est passable. S’il est bon, comme l’un de ceux que nous recommandons, vous aurez ça de moins à faire. Mais si vous vous appuyez sur un cours-type de l’Education nationale, préparez-vous à la lecture préalable et au nettoyage.

Donc, ne fâchez pas votre enfant avec le secondaire. Concentrez-vous sur l’essentiel.

Régularité, fréquentation, complicité et par-cœur

Après avoir concentré le travail sur l’essentiel (et vous avez déjà évacué une grosse part de difficulté), vous allez utiliser la répétition, la fréquentation, la complicité et enfin le par-cœur.

Obtenir qu’un enfant apprenne en un seul jour est une tâche difficile et même pénible. C’est tout de suite beaucoup plus facile quand on se donne 3 jours.

La régularité, c’est le fait de revenir régulièrement sur les notions essentielles. C’est imparable. Donnez à vos enfants de fréquenter les savoirs avec régularité. La majeure partie des savoirs, ils vont entrer grâce à elle.

Ça rentre beaucoup mieux dans leur esprit que le bourrage de crâne.

Revoyez au cours suivant, faire relire le soir et la semaine suivante ce qui doit être retenu impérativement. La fréquence cours + relecture le soir + relecture le lendemain + relecture la semaine suivante assure que le savoir soit su, et si vous voulez que ça soit su à vie, alors vous refaites une lecture le mois suivant. C’est 5 relectures ancrent à vie. De grâce, ne faites pas faire ça à votre enfant avec des savoirs inutiles. Mais un beau texte, un théorème, une liste de mots invariables, une pensée de Gustave Thibon, des verbes irréguliers en anglais, ça oui, ça servira !

Vous allez donc programmer proprement, noir sur blanc, les choses à retenir au fur et à mesure de l’année. Vous noterez sur un cahier et vous programmerez pour le soir, le lendemain, dans une semaine, puis dans un mois.

Ensuite, il y a la fréquentation. Non seulement vous revoyez avec régularité, mais certaines choses essentielles, vous les fréquentez. Pour ce faire, vous vous servez notamment de la curiosité de l’enfant. Dans la vie de tous les jours, vous faites de l’orthographe, en remarquant une faute dans un prospectus, vous invitez votre enfant à corriger. Un journaliste qui parle comme un débardeur, vous le reprenez avec la bonne expression (on ne dit pas une “couple sombre dans le budget” mais “une coupe claire dans le budget”; on ne dit pas “faire long feu” quand les choses ont duré mais quand elles n’ont pas duré; on ne dit pas “la Bourse a clôturé à la hausse” puisque clôturer c’est poser une clôture, mais “clos à la hausse” etc. Le jeu des expressions déformées par les journalistes est passionnant).

Ou vous jouez à faire des phrases bourrées de faute. “Tu te rappelles de ton père quand c’est qu’il nous a dit “c’est qui qui a cassé le carreau” et que nous on a dit que c’était pas nous ?” et votre enfant corrige: “Te rappelles-tu ton père, quand il nous dit “Qui a cassé le carreau ?” et que nous avons dit que ce n’était pas nous ?” En maths, vous faites des sous-totaux des courses, vous demandez à l’enfant pour combien il y en aura de sucre. En Histoire, vous remarquez les noms sur les plaques de rue etc etc. Il y a mille choses à fréquenter qui sont en lien avec les matières.

Cet activisme en-dehors des cours va ancrer beaucoup mieux les savoirs.

Quant à la complicité, il s’agit tout simplement de ce que l’enfant va faire par lui-même en lien avec les matières. Il peut faire des recherches, décorer sa chambre sur un thème, coller du papier-peint ou aller faire une course, il y a mille occasions de lui faire fréquenter les savoirs du cours. Dès qu’il va se mettre à une activité, il sera en mode “apprentissage” et vous n’aurez juste qu’à lui demander où il en est, ce qu’il a remarqué, en lien avec la leçon du moment. Transporter une partie du cours dans la vie réelle aide énormément à retenir.

C’est l’évidence, direz-vous, et ça se fait naturellement. Oui, mais ça peut se faire un peu plus que ça, de manière mieux programmée. Pensez-y en notant sur une feuille les notions un peu floues qui pourraient trouver un écho au quotidien.

S’il “sèche”, demandez-lui comment il pourrait transformer le cours en une réalité, quelle qu’elle soit. Comme ça, c’est lui qui initiera. En français et en maths, ce n’est pas trop difficile, en Histoire ça demande un peu de recherche dans les livres ou, pourquoi pas, un film, en géo il faut un peu de documentation.

Ensuite, il y a le par-cœur.

Le par-cœur

En bas âge, le par-cœur aide énormément l’enfant, maîtriser un petit texte lui donne beaucoup d’assurance, c’est sa première maîtrise si on y songe. Et maîtriser quelque chose est très valorisant. Mais à tout âge, apprendre par-cœur est excellent pour le cerveau. Donc il n’y a pas de honte à apprendre une poésie à 15 ans, seulement bien sûr vous ferez les choses un peu différemment, vous axerez le travail sur la déclamation ou le jeu théâtral plutôt que simplement sur la récitation qui aux yeux de l’ado risque de faire enfantin.

Mais il faut pour cela maîtriser la technique du par-cœur. Nous avons déjà vu ces techniques mais il est temps de les rappeler, selon leur principe.

Dans le cas d’un texte à apprendre par cœur, voici comment j’ai appris à le faire au théâtre : lecture de la première ligne à voix haute, récitation à voix haute de la première ligne sans regarder, lecture de la première et de la deuxième ligne à voix haute, récitation à voix haute des deux lignes sans regarder, lecture des trois premières lignes à voix haute, récitation des 3 premières lignes à voix haute et ainsi de suite. On lit une ligne de plus à chaque fois, à voix haute, et on récite tout depuis le début à chaque fois, à voix haute. La liste s’allonge progressivement. On s’arrête quand on en a assez. On relit le soir. On reprend le lendemain et chaque jour qui suit jusqu’à l’apprentissage complet du texte.

Si vous finissez vite, revoyez la semaine d’après, puis le mois d’après.

Ces étapes étant respectées, le texte est acquis à vie, il suffit de relire pour le retrouver instantanément.

Le par-cœur s’impose pour des poèmes qui resteront gravés à jamais dans le cœur, mais aussi les résumés d’Histoire, de sciences naturelles, les théorèmes de maths ou le vocabulaire d’anglais, de latin, ou d’espagnol. Ce qui fera un beau patrimoine à l’enfant.

On croit souvent que le cerveau de l’enfant ne doit pas être surchargé de par-cœur, cela le fatiguerait. En réalité, la fatigue apparaît d’autant plus qu’il n’y a pas d’entraînement. Comme on le sait, un athlète se fatigue moins vite qu’un sportif moyen. Ce qui est vrai pour le corps l’est pour le cerveau. Plus on apprend par cœur, plus on est capable d’apprendre par cœur. C’est l’entraînement et l’habitude qui développent des facultés, qu’il s’agisse du corps ou de l’esprit. Il n’y a pas de limite. D’anciens prisonniers chinois ont été capables de réciter des dizaines de livres anciens interdits par le pouvoir communiste, des milliers de page par personne. J’ai eu un ami japonais qui connaissait 30.000 kanjis, les caractères japonais, et toutes leurs prononciations (au moins deux par signe).

Autrement dit, l’idée répandue au ministère qu’il ne faut pas fatiguer nos chères têtes blondes avec des règles particulières est une ânerie et une preuve de non connaissance du sujet. Plus on en sait, plus on est capable d’en savoir. Réduire les exercices de mémorisation a réduit de manière dramatique la capacité de l’enfant à mémoriser. Et il est plus fatigué que jamais.

Les petits Japonais apprennent officiellement 1945 kanjis, les caractères d’origine chinoise, et chaque caractère a au moins deux lectures courantes différentes, et même d’autres prononciations dans les noms propres, c’est à dire qu’au bas mot ils engrangent 4 à 6000 cas particuliers. On a voulu faire des réformes de la langue française pour beaucoup moins que ça. Vous le savez peut-être, Cécile et moi avons aussi appris les kanjis et ça ne représente pas un effort impossible. Ce n’est que de la mémorisation. On peut apprendre 30.000 cas particulier. C’est juste une question de répétition, de fréquentation. Et bien sûr, les kanjis que nous ne voyons pas régulièrement, nous avons tendance à les oublier. Le cerveau est une nature.

Vous êtes capable de faire une recette les yeux fermés parce que vous l’avez faite cent fois. Eh bien, comprenez que c’est pareil pour votre enfant: il ne peut pas vous ressortir son texte s’il ne l’a pas vu plein de fois.

Une ruse de Chinois

Une fois que vous savez ça, il n’y a plus de problème et si votre enfant renâcle à relire son texte, s’il est bloqué et refuse, vous le lui lisez à voix haute. Une fois, deux fois, trois fois, là il en aura marre et le fera tout seul, il vous demandera de vider les lieux ! Et hop, l’affaire sera dans le sac. A chaque fois qu’il renâcle, vous lui lisez son texte. C’est très efficace pour le mettre au travail. “C’est bon, maman, je vais le faire tout seul” (la phrase magique qui fait tant plaisir !)

A votre tour maintenant, laissez-nous vos trucs pour mieux apprendre. Il y en a pas mal et nous n’avons pas voulu clore le sujet. Quelle est votre manière de faire ?


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