Bataille en Mer

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bataille en merBataille en Mer

Avant la Révolution française, qui priva la France de ses meilleurs marins, spécialement les commandants pendus pour avoir servi le roi, elle connut le temps de la domination en mer. Nombre de capitaines n’avait pas 25 ans. Bonaparte les regretta…

L’Anglais suivait le Français à moins de deux encâblures, deux dixièmes de mille. En temps normal, le navire français eût semé son poursuivant sans peine, il était plus rapide; mais son chargement important, le bois précieux surtout, le ralentissait.
L’Anglais comblait son retour en plongeant violemment dans le creux des vagues, tenant bien son roulis, sans embarquer de mer en proue.
Le capitaine Thomas Bron, un immense Normand de 23 ans, réfléchissait plus vite qu’il ne l’avait jamais fait. Dans quelques secondes, le Dauphin Royal serait à portée du canon moyen de l’Anglais, qu’il avait accroché à l’étrave.
Il devait s’agir de Pete, ce mauvais garçon, tricheur et ingrat, qui avait oublié que Bron l’avait ramené chez lui, la dernière fois, sur la côte anglaise ! Les Anglais ont toujours triché. Mais ils étaient aussi plus disciplinés. Et c’est ce sur quoi comptait Bron, songeur, la main sur un hauban.
– Arrisez lentement, de Gonville. Virez 2 degrés bâbord.
On diminua les surfaces de voile au vent. L’Anglais s’approchait encore, l’axe un peu sur la droite.
– Etes-vous prêt, lieutenant ?
– Je le suis, capitaine.
– Maintenant !
On affala tout et vira tribord. Le Dauphin Royal ralentissait brutalement et pivotait. L’Anglais lui tombait dessus et, pour l’éviter, dut virer tribord à son tour. Mais avec retard. Avant qu’il ait ses pièces en face, il reçut 45 boulets de 24 livres. L’Anglais était fichu. Il coula en 4 heures.
La victoire avait du panache, elle était encore française.

  • Ada dit :

    Cette nouvelle m’évoque des films au cinéma.

  • Paul dit :

    L’auteur a terminé ces quelques nouvelles reçues (et jusqu’ici)d’un claquement sec qui reste en mémoire:jugement,destin implaquable.Son inspiration historique (même si elle est chauvine!)nous affirmerait que c’est bien ainsi “qu’irait la vie”, sans recours(hélas!)(mais avec du mouvement et bien illustrée).

  • Oria de Timonier dit :

    Un capitaine qui vaut au moins 45 coups de canons. Sans parler du narrateur.

  • Pascale ZUGMEYER dit :

    Quel plaisir de vous lire ! Ecriture soignée et vocabulaire élargi : voilà qui fait autant de bien que les embruns respirés à pleins poumons sur le Dauphin Royal.
    BRAVO ! 😀

  • RIMBAUD dit :

    Ingrat Capitaine Anglais. Mais c’est la Guerre ? Joutes de marins terrible, toutes en finesses, et tellement plus élégantes que les joutes actuelles… Quelle belle écriture.

  • Gilles dit :

    Merci la révolution Française; quand le simple s’imagine grand, enfin qu’on lui fait croire qu’il peut décider seul, les problème arrive…
    Heureusement l’aventure nous emporte, les embrunts nous rafraichissent et l’odeur de la poudre excite nos esprit.
    Quel panâche,
    Des stages sont-ils prévu pour nos capitaines de pédalos ?
    Texte vivifiant à l’abordage…

  • ROMAIN dit :

    Petite anecdote concernant Surcouf, l’un des meilleurs… Au lendemain de la Restauration, il est reçu par des officiers de marine anglais. Ceux-ci, fairplay et pas rancuniers, évoquent les exploits de leur invité. Pourtant, un jeune officier un peu éméché le prend plus ou moins à partie :
    – Bien sûr, Monsieur, vous vous battiez bien. Mais vous vous battiez pour de l’argent !
    – Et pourquoi donc vous battez-vous, Monsieur, lui demande gentiment Surcouf ?
    – Moi, Monsieur, je me bats pour l’honneur !
    – C’est dans l’ordre des choses, Monsieur. Chacun se bat pour conquérir ce qui lui fait le plus défaut…

  • Nelly dit :

    Rondement mené mon capitaine. Encore encore !

  • Caroline dit :

    Un récit riche qui n’est possible en si peu de mots que grâce à la précision dans le vocabulaire de l’auteur. Belle performance!

  • Paul dit :

    Amusant de relire ces textes.
    Liste: noter, cinq points pour lesquels vous vous battriez.
    Mais à noter aussi:
    “Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.
    Défions-nous du sort, et prenons garde à nous
    Après le gain d’une bataille.”
    Jean de La Fontaine.


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