Qui va s’occuper de votre 3ème âge ?

On va se dire les choses franchement

Qui va s’occuper de votre 3ème âge ?

Qui, si vous ne finissez pas dans un hospice ? (ce qu'on appelle maintenant un Epahd; entre nous, ça fait pas plus rassurant: Epahd, et pas de bol !)

Qui va s'occuper de vous quand vous aurez plus l'âge ? Votre enfant. L’un d’eux si vous en avez plusieurs.

Un, mais pas deux. Ne vous faites pas d'illusion, les statistiques montrent que dans plus de 95% des cas, un seul enfant s'occupe des parents. Les autres considèrent qu'un seul enfant pour s'occuper des vieux est bien suffisant.

Donc, il y en aura un... peut-être.

Peut-être ? En fait, rien n'est sûr. En aura-t-il les moyens ? Pensez-vous qu’avec l’école où il est maintenant, il va faire un parcours suffisamment brillant pour avoir les moyens de vous aider ? Vous êtes sûr ? Parce qu'il faut prévoir au bas mot 3.500€ par mois, vous allez coûter quelque chose : en soin particulièrement, en plombier ou en électricien qui ne se priveront pas de saler l’addition, en garagiste véreux ou, pis encore, en ces braves gens du fisc qui vont charger la mule et profiter de votre incapacité à vous défendre. Si vous saviez ce qu’ils se disent ! « On se rattrape sur les séniors. » C'est leur marotte.

Qui va s’occuper de votre 3ème âge ? sur https://l-ecole-a-la-maison.com/wp-content/uploads/2013/03/deambulateur-2.jpgEt puis, vous ne l'ignorez pas, le système de retraite va s’écrouler. J’espère que vous ne comptiez pas dessus ? Si ? Je suis profondément désolé. Asseyez-vous tranquillement. Il faut que je vous dise. L'argent qu'on vous affirme que vous aurez, eh bien, vous ne l'aurez pas. Vous ferez tintin. Balpeau. Vous allez tout simplement vous faire plumer par les gouvernements successifs, comme jadis à la croisée des chemins, et ce n’est pas avec votre déambulateur que vous allez leur faire peur.

Non, vous avez raison, les politiques ont bien dit qu'ils feraient quelque chose pour les retraites. Mais ils parlaient des leurs.

Attention, il n'y a pas que l'argent

C'est tellement vrai qu'il n’y a pas que l’argent ! Qui va vous conduire à l’hôpital le jour où vous ferez une mauvaise chute tout seul ? Votre conjoint, vous êtes sûr ? Il se dit la même chose pour vous. Il y a bien un moment où l’un de vous deux n’aura plus l’autre. Hm ! vous êtes sûr (ou sûre) que c'est vous qui partirez le premier, ou la première ? Après tout, il/elle a bossé dur pendant que vous alliez à la pêche/tricotiez au coin du feu.

Sauter ensemble d'une falaise ? Vous êtes d'un romanesque. Mais quand on est papy, on n'a plus le cran, on tremble comme une feuille morte. Rien que les courants d'air sur la falaise d'Etretat vous empêcheront de sortir de la voiture. Et puis, ça ferait de la peine aux petits-enfants. L'héroïsme, c'est quand on a 30 ans.

Et quand les petites "chances pour la France" du voisinage vous rançonneront, vous ferez quoi ? Vous croyez pouvoir les courser avec votre sonde et votre poche de lit ?

Nous ne voulons surtout pas vous affoler, mais le meilleur investissement à faire se situe ailleurs. Il est temps de perdre vos espoirs inutiles. Ne vous tournez pas vers la bourse, les Bons du Trésor américains, les fonds de placement. Car quand bien même vous aurez péniblement réussi à faire 1 million d'euros, vous serez ric-rac, vue l'augmentation du prix du fuel et des piles de sonotone.

Même avec 1 milliard, vous serez malheureux. Pourquoi ? Réfléchissez. Même pleins aux as, quand ils n'ont pas un cancer ou un triple pontage en vue, nombreux sont les vieillards qui finissent dorlotés par des nurses mafflues. Au mieux, vous serez pris en charge par des domestiques philippines que vous mépriserez, des filles qui repasseront tellement bien que pour la causette aussi, elles repasseront. Les pépés friqués s’ennuient mortellement. On n’achète pas des amis et les vôtres auront passé l'arme à gauche. Si vous êtes un homme et comptez vous faire plaisir avec votre argent, certes les infirmières sont jolies en Californie mais… vous n’avez plus les forces, c’est trop tard, c’est pire de les avoir sous les yeux et les voir se payer votre fiole, sachant que des milliardaires friqués, il y en a un wagon qui a moins de trente berges !

C'est tout le problème de l'argent. Quand on en a, on veut pas vivre en banlieue lilloise, on va vers des destinations de prestige, hélas dans ces coins-là, on est rarement attendu. On y fait la fête depuis tellement longtemps que vous avez l'impression de n'être jamais né. Bref, on ne vous a pas attendu pour vivre et même si vous décrochez la timbale en étant une star (pour une raison qui m'échappe complètement), ça ne durera qu'un jour; n'oubliez pas que l'immense Kirk Douglas lui-même devait se battre comme un beau diable pour faire la vedette 3 jours par an, à Malibu. Vous comprenez ?

Les coins chics, même avec de l'argent, ça n'appartient à personne, on croit qu'on en est... que déjà on en n'est plus.

Et ne comptez pas sur le prestige de la France; Gabin et Léo Ferré, Bourvil et le général De Gaulle, les petites Américaines ne savent même pas qui c'est.

Et si vous êtes une dame, vous ne supporterez pas les gamines pimpantes que votre fiston ramènera, et des qui causent douze langues et sont surdiplômées, et carrossées façon Vanessa Marcil, à côté desquelles votre silhouette de chaisière, avec vos genoux tordus style Louis XIII, donne envie de relancer la prime à la casse. Je veux pas avoir l'air de critiquer. Mais votre garçon, il passera pas ses sports d'hiver dans votre maison de vacances à Jouy-en-Josas; les sommets, il les grimpera, oui ! mais sans vous.

Bref, au final, vous avez de l’argent et beaucoup de regrets !

Tout cela, ce n’EST PAS la solution

On va être sérieux maintenant. On va parler gros sous et vieillesse heureuse. La solution, il n'y en a qu'une. Vous pouvez y réfléchir autant que vous voulez, ça ne changera pas le cours du pétrole. Vous pouvez vous gratter la tête jusqu'à ressembler à Nina Hagen, voter pour Mélenchon ou tenter votre chance au Quarté-quinté Plus de Vincennes, rien n'y fera. Y'a pas à tortignoler.

La solution, c’est d’avoir un enfant qui vous aime ET qui ait les moyens de vous aider.

C’est là que ça se corsicaferrise

Vous avez des enfants. Bien. Très bien même, la nation vous doit beaucoup. Le conseil général est ravi, le maire s'en félicite et les boulistes en parlent le dimanche sur la place du marché. Sur la plage, on vous remarque et les loueurs de bateaux en plastic vous adorent.

Mais ça le fait pas encore complètement.

Oui, vous avez des enfants. D'ailleurs, c'est là que vous placez tous vos espoirs.

Mais vous savez - c'est statistique - que la moitié d'entre eux ne réussira pas suffisamment et tirera le diable par la queue. Vous n'allez tout de même pas leur enlever le peu de gras qu'ils mettent de côté pour payer leurs impôts. Reste l'autre moitié.

Hélas, dans la moitié qui restera, encore une moitié ne pensera qu’à soi. La faute à pas de chance ? Que voulez-vous, la solidarité c'est très joli à la télé mais vous savez que les gosses sont égoïstes. Pour les pièces jaunes, ils seront là, mais pour vous construire un plan à la Caisse d'épargne, mieux vaut vous adresser à la paroisse. Vous voyez le tableau ? Oui, près du confessionnal.

Bref, reste l'autre moitié.

L'autre moitié ? Mouaif. Dans la moitié de la moitié, la moitié restante n’aura pas la santé. Les pauvres, ils ont mangé ce que votre femme leur a donné à bèqueter et votre cordon bleu d'épouse, avec tous ses talents, ne savait rien au sujet des pesticides dans les fruits et de la limaille de fer dans l'eau de robinet. Ou du PVC qui se dégrade dans les eaux en bouteille. Ils s'en sont jamais vraiment remis. Ces pauvres gosses, leur santé n'a jamais été solide. On dirait, quand vous les revoyez, qu'ils ont pris un coup de coupe-boulon sur la figure. C'est tout juste s'ils marchent droit. Pauvres petits. Quand ils jouaient au foot, étant mioches, ils faisaient poteaux de but. Combien de fois vous êtes descendu dans la rue pour les arracher aux mains des autres gamins ? Des souffre-douleurs, voilà ce qu'ils ont été. Aujourd'hui, ils ont des visages qu'on dirait les horreurs sur les paquets de cigarettes. Leurs poumons, c'est des spectacles auxquels les pompiers de l'A7 sont hélas trop habitués. De nos jours, aux dernières nouvelles, vos pauvres enfants sont du type de ceux pris en charge par la Sécu et qui traînent de médecins en médecins. Ils vous ont échappé, ils appartiennent au corps médical qui en ont fait des cas et les dissèquent. Rabattons-nous sur la moitié restante.

Ceux-là, ils pètent la forme, ils ont des sous et sont généreux de nature. Que demander de mieux ? Ah, en voilà que ça fait plaisir !

Mais ils se divisent en deux. Car la moitié de ces enfants-là... vous en veulent, pour une raison que vous ignorez. C'est comme ça, les gosses, vous avez raté quelque chose, Dieu sait quoi, et ils en conservent une dent, et de sagesse encore, contre vous. Ils ne se fendront jamais d'une carte postale, plutôt crever. Ils n'auront de remords qu'après que vous ayez rejoint le Créateur, et encore, à cause des frais des pompes funèbres. Reste donc la dernière moitié.

Eux, c'est la crème. Des enfants qui ont ré-u-ssi ! Bien élevés, propres, parlant en articulant bien, sourire émail diamant, look de trader new-yorkais, de l'argent en veux-tu en voilà ! Pas du genre à porter des nattes crasseuses sous un bonnet tricoté main aux couleurs de la Jamaïque, pas du genre non plus à porter un T-shirt Che Guevara tombant sur un slip porté plus haut que le pantalon. On va pas les rencontrer à se réchauffer les paluches au-dessus d'un baril en métal sur un chantier parisien, ni à fumer de l'herbe à un méchoui du DAL. C'est pas des crevards, ils ne sont pas du genre à faire le socialiste pour obtenir une Allocation logement. Pas de ça avec eux !

Non, c'est des gens bien élevés, qui ont réussi, qui ont des diplômes. Et qui n'oublient pas. Ils ne vous oublient pas. Ils vous appellent, se tiennent au courant. Ils ont du cœur, ils sont vraiment gentils, positifs, ils ont un coach et puis attention, c'est que c'est des sportifs ! ils ont remporté des trophées, à ce qu'y disent à la télé, et si vous avez bonne souvenance, quelques concours internationaux, même. Et braves avec ça. Et attention, ils travaillent. Ils n'émargent pas au Front de Gauche, ils ne dépendent pas des Assedics, ça ! Ils travaillent, et vous en êtes fier. Ils sont prêts à faire tout leur possible pour leurs vieux parents. Une bénédiction, ces enfants qui travaillent.

Mais voilà : justement, ils travaillent un peu trop.

Comprenez ! Ils sont plein de boulot, ils bougent partout, ils ont des amis à Las Vegas et à Hong-Kong. S'ils pouvaient, s'ils avaient le temps, ils vous couvriraient de bonheur, ils vous reconstruiraient la maison du sol au plafond... Un jour, peut-être. Vous ne les verrez jamais. Des bisous du bout du monde, tant que vous voudrez, mais ne comptez pas les voir dans l'année. Ils vous inviteront à leur mariage, ça oui, d'ailleurs, préparez-vous plutôt à faire des éconocroques, vu que les noces se feront à Bornéo ou à Bali ; ou alors à Tune au Danemark, c’est chic, c’est 'inn'. Leur bonheur va vous coûter cher. Leur mariage, vous allez vous en souvenir un peu plus longtemps que votre dernier dépassement bancaire, je vous le promets. Deux allers-retours plein tarif et trois jours d'hôtel de luxe, tu parles ! Vous n'oserez pas leur demander de vous offrir le billet et eux ne se rendront compte de rien, ils souriront, baignés jusqu'aux gencives de joie et de réussite, et vous ne pourrez pas leur dire que vous vous êtes saignés pour eux, que vous avez dû renoncer à remplacer la 504. Cela gâcherait leur bonheur, et surtout vous humilierait; sans compter que ça leur rappellerait d’où ils viennent... Car non, ils n’ont pas oublié, ils n’ont surtout pas oublié : votre pavillon moisi, le quartier défoncé, le vieil établi inutile avec lequel ils ont joué jadis dans le garage graisseux, leur chambre minable de 12m2, le papier-peint à grosses fleurs, la vaisselle Ikéa à table et le panonceau prolo sur la maison "Notre maison est petite mais notre cœur est grand". Y'a pas de quoi vouloir rejouer "la Machine à remonter le Temps", croyez-moi. Sans blague, chez vous c’était pas Casino royale. On n'avait pas Lawrence Olivier tous les dimanches à table. Sidney Poitiers n’était pas de vos intimes, pour vous ça évoquait plutôt un trajet du guide du routard.

Les gosses, ils ont réussi et ils n’ont pas envie de faire marche arrière. Si vous leur rappelez qui vous êtes, vous allez les rendre tristes. Ils parlent anglais, ils parlent allemand, ils parlent sri-lankais, ils ont des ONG un peu partout, au début vous pensiez que c'était des maladies. Vous allez pas leur gâcher la vue avec vos récriminations. Mieux vaut se taire. Vous ne direz rien et payerez le billet d’avion. Si vous avez de la chance, ça se fera à Tune, c’est moins loin. Tune, tu parles, c'est trouvé, comme destination ; ah ! ils vont vous entendre, chez Go Voyages !

Voilà où vous en serez.

Vous me suivez ? Les patates sont cuites si vous persistez à vous bercer d'illusion. C'est la soupe populaire assurée. Le mieux, c’est encore de prendre vos habitudes aux restos du Cœur ou chez Emmaüs, là au moins vous avez de vrais amis, des gens qui, si vous allez les voir à partir de dimanche prochain et toutes les semaines, n’oublieront pas que vous avez été généreux… quand vous n’étiez pas encore dans le besoin.

Mais bon, on va pas se mentir. On se connaît vous et moi, c’est pas ce que vous rêvez. Les tronches édentées, les jeux de carte qui collent, les pastis 51 versés dans des verres ébréchés qui servent aussi pour les pourboires, c’est pas votre fort. C’est pas que vous ayez des goûts de luxe, mais quand même. Vous avez un standing.

Dans le lot, reste-t-il un enfant sur qui compter ?

Mais, dans le lot, à force faire des moitiés de moitié, nom d'une pipe, combien il en faut, des moutards ? on va finir par en trouver, un enfant présent, généreux, en bonne santé, disponible ?

Eh bien, si vous avez fait le compte, il vous faut au moins 16 enfants pour avoir une chance de ne pas vous retrouver tout seul. 16... une paille. Mamy, elle va pas pouvoir. Elle va dire non.

Pour ne pas être seul(e) dans 20 ans

Il faut donc déjouer cette statistique des enfants ingrats, pauvres, malades ou absents.

Pour être aimé de son enfant et pour qu’il ait des moyens, et qu'il ait l'idée de ne pas vous laisser choir, qu'est-ce qu'il faut ? Commencer par le commencement. Dès le premier bambin, il faut lui donner
- de l'amour
- un bagage solide; et je ne parle pas d’une malle de l'armée.

Pour l'amour, avec votre candeur, vous pensez que vous avez fait le nécessaire. Vous pouvez faire beaucoup mieux. Posez-vous la question : à part la vie, que vous doit-il ? Avez-vous passé des heures avec lui en tête à tête à lui donner les clés de la vie, à lui faire don de votre personne ? Lui avez-vous dit, le matin, avant qu'il parte pour l'école: "Écoute-les bien, mais ne les crois pas ?" L'avez-vous édifié à la mesure des subversions dont il sera la cible ? Mon œil. Vous avez laissé filer le temps, vous avez lu l'Equipe, vous avez passé des heures au téléphone, ou à l'association, ça oui, mais pour ce qui est du petit, vous avez été moins présent que la femme de ménage. Il va falloir vous rattraper. On va donc remettre les pendules à l'heure.

Et pour le bagage, vous croyez vraiment que l’école où il va le prépare à une belle carrière ? Je parie ma selle de course contre votre collection de figurines de foot Panini que vous considérez - à juste titre - que c’est une usine à analphabètes. Ça aussi, on va s'en occuper.

Il y a un moyen simple de résoudre cette sombre perspective d’un avenir dans la solitude ou dans un établissement infâme pour vieillards oubliés.

oui, bon, vous le savez, maintenant que vous avez atterri sur ce site.


PS: cette plume vous plaît ? Faites le cadeau de son livre à votre meilleur ami, il est ici. Mais vous pouvez aussi aller sur le site de l'écrivain, ici.

Pour voir le livre, cliquez sur l'image

La Tique Valet des Rats

Mon conte de Noël 2018, qui fait bien sûr beaucoup plus que 1500 caractères. Mais c'est Noël !
 
Le Macron des Rothschild ou

La Tique Valet des Rats

(fable en alexandrins)
 
En un royaume, antan prospère et riche à souhait,
[1---2--3-4----5-----6---7----8----9--10---11--12]
régnaient sans partage et guère plus de bonté
Des rats qui, en cent ans, eurent presque ruiné
Ce qui restait debout, et… du jour les cachait.
 
D’un pays de cocagne, d’un royaume envié
A belles dents ils firent un monceau désolé.
On finit par le voir mais c'était interdit.
Quiconque osait parler se retrouvait honni.
La Tique Valet des Rats
Car l’espèce des rats fut dit-on la victime
jadis d’un joueur de flûte, en poussant à l’abîme
Cent d’entre eux qu’il aurait tous noyés dans le fleuve.
La loi depuis prescrit que chacun s’en émeuve.
 
Vous savez ce que c’est, ce ne sont pas des zèbres.
J’ouïe fréquemment qu’ils disent en être descendants
Des zèbres, eux ? ils n’ont point du cheval la vertèbre.
Ça grignote, ça ronge, et leur os, c’est la dent.
 
Ils avaient dévoré tout le grain des campagnes,
Puis celui de la ville, et non contents du grain,
Ayant épuisé foins, fruits, légumes et pains,
Insatisfaits toujours, ils rongèrent en Marranes
Tout le bois des bâtis, du sous-sol aux faîtières,
Poitrails, tenons, jusqu’à la dernière mortaise
Si tant que tous logis sous leurs dents s’affaissèrent
Au milieu des débris qu’on sait les combler d’aise.
La Tique Valet des Rats
Les autres animaux n'avaient rien dit du tout
Et s’aperçurent enfin du chaos général.
On causa sans finir, on se dit en courroux,
On menaça du poing: rien que de très banal.
La faim seule eut raison de leur passivité.
On quitta ses pénates et se fit révolté.
 
Cependant, dans les rues s’étalait cette ruine
Et le rat n’aime point qu’il soit vu en plein jour.
La chouette et le hibou, le chat, le chien, la fouine,
L’hermine et la couleuvre, n’étant point de leur cour,
 
s’entendirent enfin contre le surmulot
pour le chasser au mieux, pour le déporter loin,
Le chasser de leur aire, éradiquer au moins
De ces lieux le rongeur, puant, nuisible et gros.
 
Le rat de son côté convoqua son concile.
Tous les rats convoqués, soit moitié moins que mille,
Affolés, mais jamais, ô jamais ! repentants,
- Cela, ils le laissent aux crédules, innocents -,
Furieux, outrés, selon leur esprit inverti,
Ils s’enquéraient, nerveux, de trouver un répit,
tout en contre-attaquant par des avis publics
Disant que l'on mentait. Le dire était pratique.
La Tique Valet des Rats
Ils savaient qu’en sortant le museau en plein air,
leur mine épouvantable et leur réputation
les désignerait tous au courroux populaire.
Que leur nuisible sape aurait rétribution
et pas de celle qu’on reçoit pour œuvre pie:
le rongeur n’est pas sot, quand en jeu est sa vie.
Ainsi cette assemblée de saboteurs crasseux
Prit la décision qui devait sauver ces gueux.
 
On décida enfin de mander alentour
Qu’on cherchait un héraut ayant un bon visage,
des manières amènes, et d’autres avantages.
Sans non plus espérer un grand élan d’amour,
les rats du moins voulaient affadir la querelle:
Il fallait en finir avant que trop s’en mêlent.
Mais voilà: entre un vœu et son heureuse issue
Il y a bien souvent comme entre cru et vu.
 
On chercha cet élu qui devait les sauver
On lui promit butin, richesses à satiété,
En un mot, on voulait l'émissaire mignon,
joli, charmant, roublard.
On tomba sur Macron.
 
Dire qu’on en fut charmé, c’est aller un peu loin.
On aurait préféré un lion, un aigle, un ours,
Un renard ou un singe qui eût été malin,
Ce n’était qu’une tique.
Et nulle autre ressource !
Quoi, cet à peine ciron, ce plus bas qu’un pied ?
Hors lui nul volontaire, on dut s’en contenter !
 
Le rat n’est pas sociable, il ne vit qu’entre soi,
A cette heure, il se vit dans un grand désarroi.
Une abeille eût suffi, un lézard, un frelon
Eussent encore mieux paru que l’insecte avorton.
 
“D’où viendront vos secours ? Où sont vos alliés ?”
Les rats le questionnaient, quelque peu paniqués.
“Croyez-vous que la foule à votre vue se pâme ?”
La tique a moins d’amis que le rongeur infâme,
Comment comptait-elle donc emporter le débat,
Refouler la vindicte qui annonçait leur glas ?
 
“Croyez-moi, mes seigneurs, je sais grossir à temps
Fit l’insecte anodin.
Il faut penser printemps.
C’est la saison où je sévis sans qu’on me voie.
Je suçote au jarret le sang de chaque proie.
Je grossis tout pendant qu’elle dépérit,
Par un mal invisible et comme anéantie,
Tandis que je grossis, autant que la grenouille
Qui du bœuf, dit la fable, voulut avoir la taille.”
 
“Admettons, mais enfin, ferez-vous ça tout seul ?
Aurez-vous pour la foule une assez grande gueule ?”
“Non point, mes chers seigneurs, qui pas fiers me mandez,
Là où seul j'échouerais, cent comme moi vaincraient.
Les parasites de mon genre sont légions,
On pompera chacun jusque dans sa maison.
S'ils sont puissants en groupe, isolons les frondeurs.
Le courage en troupeau chez un seul devient peur.
Il suffira que trois complices chez les chats
Trois rats-minagrobis, nous soient assez pro-rats,
Et que 3 fouines nous soient d'assez bons médias,
Mettons-y cinq chacals qu’on querra d’Arabie,
Et l’ordre reviendra sans jamais qu'on vous vît.
Dans le tumulte en plus, j'annexerai la ville
Et si vous me payez, je vous la remettrai.”
Les rats applaudirent à ces mots, satisfaits.
La Tique Valet des Rats
On fit de la police et de la bastonnade
Sur tous les badauds de toutes les promenades.
Vieux ou jeunes au fait, ou au courant de rien,
Ce fut un beau carnage, un injuste festin.
La fronde eut tôt contre elle, avant qu’elle ait bougé,
non seulement la meute aux rats toute vouée
Mais tous les autres aussi, ligués comme un seul homme:
La lâcheté des veules emplirait des albums.
 
Le chien bien entendu qui déteste le chat,
Le gorille et les singes amateurs de razzias,
Et encore certains qui sont sans orgueil.
Les révoltes aujourd’hui sombrent sur ces écueils.
 
Il y eût bien cent braves, mais trop peu audacieux,
On finit par les voir comme autant de factieux.
 
Ce concile inique eut raison des atavismes
Et l’affaire en entier fut enterrée sans schisme.
La foule dispersée, poursuivie, condamnée,
Dut en réparation débourser ses deniers.
Les rats cette fois-là en furent quittes encore
Pour une peur d’un jour, et pas un seul remord.
 
Or, Noël approchait, avec tous ses mystères,
Ô ! Période bénie et rarement austère.
La tique jubilait en son infime cour,
Plébiscitée par quoi ? trois pelés deux tondus,
Qui lui faisaient penser qu’on l’entourait d’amour.
En vainquant, elle croyait désormais tout vaincu.
 
Mais le froid de décembre amenait un tracas:
On n’avait plus un sou. D’où venait l’embarras ?
La tique avait gagé plus qu’elle n’avait prévu
En payant les chacals, les pillages à nu,
Dont la moitié du coût eût pu rassasier
Le peuple qu’on venait à peine d’écraser.
En commettant ainsi de funestes dépenses,
On avait épuisé les dernières finances.
Que voulez-vous que fît la tique ? Evidemment,
Elle alla retrouver ses amis tout en dents,
ses bienfaiteurs les rats, pour leur faire un emprunt.
Il s’apprêtait à leur promettre d’autres gains.
 
Le rat est trop prêteur, c’est son plus grand défaut.
Mais il ne prête en fait qu’à ceux qui portent beau
Et il ne prête au vrai que ce qu’on croit qu’il a.
Mais notre parasite imaginait les rats
En mécènes abondants, exigeants mais princiers.
Il en ignorait tout: ce sont des voleur-nés.
“Tu veux des sous, fort bien, où en est ton trésor ?”
“Il ne me reste rien”, fit la tique, “est-ce un tort ?”
“Un tort fatal ! Enfin, que pouvons-nous pour toi ?”
“Avancez-moi un peu, bientôt j’aurai de quoi.”
“Nous ne pouvons prêter que ce qu’on peut payer.
Un crédit, ça s’achète, c’est là notre métier.
Tu n’as rien à donner, où donc serait l’échange ?
Tu veux nous voir mourir ? Va, donc, tu nous déranges.”
“Tout de même, après tout ce que je fis pour vous.... !”
Essaya notre tique, à peine encore debout.
“Laissons-la le passé, restons à aujourd’hui.”
“Mais je n’ai plus d’argent, pas le plus petit Louis.”
“Et tes administrés, ne peux-tu les sucer ?”
“Ils sont exsangues, hélas ! Ces sans-dents sont rincés.”
“Si les vivants rechignent, fais donc payer les morts,
Les pas-nés, les vieillards, et prostitue les corps !”
“Mais d’ici là, mes pères... ?” ”Tu te débrouilleras.
Nous ne nous mêlons pas de ce qu’il adviendra.
Du reste, ta cité n’a pour nous plus d’attrait.
Nous partirons bientôt vers de plus riches crêts.”
 
Et de fait en un mois, leur départ avait lieu.
La colonie entière avait changé de cieux.
La tique, sans soutien, comprit qu’elle était cuite,
Ses heures étaient comptées, vous devinez la suite.
 
Moralité:
Il n’est point de tyran qui ne vive aux dépends
De gens qui le soutiennent autant qu’il est d’argent.
Pour toi, je t’en avise: abuse à bon escient
Et sache pressurer en toute discrétion.
Tu n’auras, c’est certain, aucune opposition.
Indolente ou cachée, et bien prompte à se rendre
La masse préfère au saint combat se faire pendre.
Plutôt que de se battre et défendre son dû,
Elle se soumet sans peine au hasard du vaincu.
Et toi, peuple, entends-moi: tu mérites ton sort
Heureux ou malheureux, et quel que soit ton bord,
Sois uni et bats-toi, mais pas pour quelques liards,
Pas pour des clopinettes, ni même des milliards.
En voulant la Justice, tu invoques un Destin
Qu'on ne négocie pas, et qu'on ne solde point.
Cette voie est sublime, elle exige une flamme
Qui engage tes fils, et ton sort et ton âme.
La Tique Valet des Rats

Lire favorise votre santé

Un nouvel article sur l-ecole-a-la-maison.com: http://l-ecole-a-la-maison.com/l-apprentissage-suite.htm

L'article poursuit sur sa lancée et fait un distinguo entre savoirs fondamentaux et savoirs secondaires.

apprendre livre apprentissage http://l-ecole-a-la-maison.comCette distinction, c'est un formidable moyen de gagner du temps !

Nous avons dit que vous devez travailler à fond sur les savoirs fondamentaux. Vous serez acharné(e) sur ce qui aidera toujours votre "grand" ou votre "grande" dans la vie. Répétons-le : une écriture honnête, une orthographe impeccable, une lecture exercée ; savoir compter de tête ; en savoir assez en histoire-géo ; parler assez bien une ou deux langues étrangères, pratiquer un ou deux arts si l’on peut, spécialement la musique.
Que faut-il ensuite, toujours fondamentalement. Savoir réfléchir, aménager ses idées, et les exprimer. Savoir se débrouiller seul, c'est-à-dire être autonome. Avoir une bonne santé et faire du sport. Donnez-lui avec ça une bonne éducation, du cœur, de la curiosité et un goût pour la lecture et votre enfant est sauvé !

On n'a pas besoin de plus. Il n'y a pas besoin de beaucoup plus que ça. Le reste est secondaire, pas forcément inutile, mais secondaire. Voilà à peu près ce que nous disions.

Pourquoi et comment faire un choix parmi les savoirs ? Est-ce que la vitesse de pointe du TGV n'est pas aussi important que la notion de bien public, tel que décrit par Nicolas Machiavel dans Le Prince ? Non, la vitesse du TGV est une donnée fluctuante et non-structurante pour l'esprit, puisqu'elle ne permet pas spécialement

  • de favoriser la pensée,
  • d'augmenter la valeur de la pensée,
  • de faire un bien spécifique à celui qui pense.

En revanche, la lecture du Prince produit invariablement une augmentation de la pensée, de la valeur de la pensée et produit un bien qui, en l'espèce, passe notamment par deux axes machiavéliens: la notion de bien et de mal en ce monde et le discernement pour favoriser le bien.

On sent tous que les textes ont des dimensions variables. Cette dimension dépend du pouvoir structurant de ces textes. Il y a des textes ou des savoirs qui élèvent la personne, qui la "structurent", c'est un tout petit nombre et il n'y a pas besoin de courir le monde pour les trouver, ils sont tous à votre portée, c'est une chance d'ailleurs, mais il faut quand même aller les chercher parce qu'ils ne viendront pas à vous tout seuls.

Il y a d'autres savoirs qui ne produisent rien, la grande masse médiocre, qui elle vient à vous et vous envahit, vous inonde en permanence, et contre laquelle il faut souvent se battre. Que ce soit la télé, la radio, les médias sociaux, c'est une avalanche constante de fausses valeurs, de citations à deux sous, de principes en plastic, d’œuvres au rabais, de bons sentiments, une marée de larmes, une hécatombe de sourires convenus, bref, c'est le tout-venant.

D'autres enfin déstructurent, c'est-à-dire sont carrément nocifs pour le lecteur; un nombre réduit mais croissant en période de trouble ou de chute civilisationnelle. Ils vont tenter de toucher votre enfant tôt ou tard, à votre insu, et donc vous allez y parer en forgeant l'âme de l'enfant de manière à ce qu'il ne se laisse pas corrompre: un enfant qui a reçu de bons savoirs, structurants, a en lui des contrepoisons qui lui permettent de reconnaître du premier coup d’œil ce qui est dangereux pour lui et, mieux encore, va effacer au fur et à mesure de sa mémoire ce qui le blesse. Un enfant à qui on a donné du bien, du beau, du bon, a une tendance naturelle à oublier ce qui n'en vaut pas la peine et ce qui est néfaste pour lui (à vous de ne pas cultiver ces choses-là, de ne pas les lui rappeler etc.).

En revanche, c'est beaucoup plus difficile de donner à un enfant de quoi lui permettre de distinguer ce qui ne lui apporte rien. En général les enfants savent très bien ce qui est mauvais ou dangereux mais ils sont désarmés face au néant, à la banalité, au médiocre, aux savoirs sans intérêt: ils sont souvent des éponges. Il faut dire que ce qui nous paraît banal leur est souvent une nouveauté, il faut souvent en passer par là sans préjuger de leur niveau et subir, nonens volens, l'admiration échevelée de nos ados pour des amuseurs grotesques, des spectacles qui doivent tout aux effets spéciaux et rien au texte, des musiquettes entièrement remixées des morceaux de nos meilleures années, des causes mondialistes etc. C'est dans l'ordre des choses, rappelons-nous qu'il y a eu des parents amoureux de la lumière naturelle et divine désespérés par des ados partisans des vitraux colorés. A chaque génération son lot.

Quoi qu'il en soit, le parent souhaite ce qu'il y a de mieux pour l'enfant et choisit donc des savoirs structurants qui vont à la fois construire l'enfant et le "vacciner" contre la médiocrité ou les poisons. Mais en quelle quantité, et comment les faire passer ?

Les savoirs structurants et leur quantité

Le cerveau de l’enfant peut emmagasiner beaucoup, encore faut-il deux choses : que ces savoirs soient effectivement bons, c’est à dire reliés à une connaissance structurante — et non seulement de l’information hétéroclite — et qu’ils soient délivrés avec ordre et méthode, de manière construite.

Parfois, un enseignant qui a un hobby particulier peut enseigner un peu plus, en enseignant ce qui précède le savoir, ou son utilité, ses applications. Mais c’est finalement très rare. A notre sens, nous le redisons, on fait beaucoup trop travailler les enfants, leurs devoirs sont trop lourds et en même temps inconsistants, on leur demande d’apprendre des tas de choses inutiles, c’est plus ridicule et superficiel qu’au temps du Bourgeois Gentilhomme. Nous nous souvenons d’un texte d'une page dont le professeur demandait l’analyse de tous les mots ; c’est plus qu’exagéré.

Par conséquent, sachez ne pas trop en faire. Décollons un peu le nez des manuels et du programme. Nous ne disons pas qu'il faut jeter le bébé avec l'eau du bain, nous ne sommes pas des adeptes du "unschooling", c'est-à-dire de l'absence d'enseignement, il est bon aussi de faire travailler sa mémoire sur des savoirs qui ne resteront pas, mais nous constatons qu'il y en a trop aujourd'hui et qu'au contraire on néglige des savoirs essentiels.

Nous venons de dire qu'il est bon aussi de faire travailler sa mémoire sur des choses qui ne resteront pas, c'est le moment de dire que la recherche de la qualité ne doit pas dégoûter de la qualité. Ne soyons pas toujours dans le haut de gamme, la pensée philosophique, le concept principiel et l'avènement du Royaume des Cieux. Oui, personnellement je fais un effort de ce côté-là, pour "redescendre sur terre" comme on me dit, en tant qu'ado je n'ai jamais rien aimé autant que les conversations de haut niveau, je détestais les conversations plates et c'est toujours le cas; il faut qu'il se passe quelque chose. Mais il faut qu'il y ait de temps en temps relâche. Si la Grèce antique ou le Japon médiéval autorisaient les tavernes, c'était pour laisser retomber la pression, faire sortir un peu de la pensée pure, vecteur d'affrontements. De même, vous ne faites pas que lire des textes spirituels à table, vous n'exigez pas sans cesse une conversation de haut vol. Sinon, d'un côté vous risquez de dégoûter l'enfant, de l'autre vous risquez de l'enflammer et de le fanatiser. Voilà pourquoi les parents doivent aussi tolérer la vacuité de propos sans intérêt. Et favoriser régulièrement des conversations plus élaborées. Elever progressivement. Vous voyez que là encore, on est dans le progressif, le chemin naturel.

Y a-t-il dans les cours des choses inutiles ?

Les cours par correspondance que nous vous avons recommandés font en principe attention à ne pas bourrer le crâne de l'enfant.

A l'école, chaque prof exige que l’élève ingurgite son lot. Mais il est clair qu’aucun d’entre eux ne serait capable d’ingérer tout ce que l’élève doit apprendre. L’enfant n’a pas besoin de la moitié de ces calembredaines. Le programme scolaire peut être utilement nettoyé et débarrassé de ses scories, vous y gagnerez du temps et votre enfant aussi. Tournez la page ! (ne vous éloignez pas trop non plus du programme si vous voulez que l’enfant ait son Bac, naturellement).

Oui, vous pouvez épurer si votre cours est passable. S'il est bon, comme l'un de ceux que nous recommandons, vous aurez ça de moins à faire. Mais si vous vous appuyez sur un cours-type de l'Education nationale, préparez-vous à la lecture préalable et au nettoyage.

Donc, ne fâchez pas votre enfant avec le secondaire. Concentrez-vous sur l'essentiel.

Régularité, fréquentation, complicité et par-cœur

Après avoir concentré le travail sur l'essentiel (et vous avez déjà évacué une grosse part de difficulté), vous allez utiliser la répétition, la fréquentation, la complicité et enfin le par-cœur.

Obtenir qu'un enfant apprenne en un seul jour est une tâche difficile et même pénible. C'est tout de suite beaucoup plus facile quand on se donne 3 jours.

La régularité, c'est le fait de revenir régulièrement sur les notions essentielles. C'est imparable. Donnez à vos enfants de fréquenter les savoirs avec régularité. La majeure partie des savoirs, ils vont entrer grâce à elle.

Ça rentre beaucoup mieux dans leur esprit que le bourrage de crâne.

Revoyez au cours suivant, faire relire le soir et la semaine suivante ce qui doit être retenu impérativement. La fréquence cours + relecture le soir + relecture le lendemain + relecture la semaine suivante assure que le savoir soit su, et si vous voulez que ça soit su à vie, alors vous refaites une lecture le mois suivant. C'est 5 relectures ancrent à vie. De grâce, ne faites pas faire ça à votre enfant avec des savoirs inutiles. Mais un beau texte, un théorème, une liste de mots invariables, une pensée de Gustave Thibon, des verbes irréguliers en anglais, ça oui, ça servira !

Vous allez donc programmer proprement, noir sur blanc, les choses à retenir au fur et à mesure de l'année. Vous noterez sur un cahier et vous programmerez pour le soir, le lendemain, dans une semaine, puis dans un mois.

Ensuite, il y a la fréquentation. Non seulement vous revoyez avec régularité, mais certaines choses essentielles, vous les fréquentez. Pour ce faire, vous vous servez notamment de la curiosité de l'enfant. Dans la vie de tous les jours, vous faites de l'orthographe, en remarquant une faute dans un prospectus, vous invitez votre enfant à corriger. Un journaliste qui parle comme un débardeur, vous le reprenez avec la bonne expression (on ne dit pas une "couple sombre dans le budget" mais "une coupe claire dans le budget"; on ne dit pas "faire long feu" quand les choses ont duré mais quand elles n'ont pas duré; on ne dit pas "la Bourse a clôturé à la hausse" puisque clôturer c'est poser une clôture, mais "clos à la hausse" etc. Le jeu des expressions déformées par les journalistes est passionnant).

Ou vous jouez à faire des phrases bourrées de faute. "Tu te rappelles de ton père quand c'est qu'il nous a dit "c'est qui qui a cassé le carreau" et que nous on a dit que c'était pas nous ?" et votre enfant corrige: "Te rappelles-tu ton père, quand il nous dit "Qui a cassé le carreau ?" et que nous avons dit que ce n'était pas nous ?" En maths, vous faites des sous-totaux des courses, vous demandez à l'enfant pour combien il y en aura de sucre. En Histoire, vous remarquez les noms sur les plaques de rue etc etc. Il y a mille choses à fréquenter qui sont en lien avec les matières.

Cet activisme en-dehors des cours va ancrer beaucoup mieux les savoirs.

Quant à la complicité, il s'agit tout simplement de ce que l'enfant va faire par lui-même en lien avec les matières. Il peut faire des recherches, décorer sa chambre sur un thème, coller du papier-peint ou aller faire une course, il y a mille occasions de lui faire fréquenter les savoirs du cours. Dès qu'il va se mettre à une activité, il sera en mode "apprentissage" et vous n'aurez juste qu'à lui demander où il en est, ce qu'il a remarqué, en lien avec la leçon du moment. Transporter une partie du cours dans la vie réelle aide énormément à retenir.

C'est l'évidence, direz-vous, et ça se fait naturellement. Oui, mais ça peut se faire un peu plus que ça, de manière mieux programmée. Pensez-y en notant sur une feuille les notions un peu floues qui pourraient trouver un écho au quotidien.

S'il "sèche", demandez-lui comment il pourrait transformer le cours en une réalité, quelle qu'elle soit. Comme ça, c'est lui qui initiera. En français et en maths, ce n'est pas trop difficile, en Histoire ça demande un peu de recherche dans les livres ou, pourquoi pas, un film, en géo il faut un peu de documentation.

Ensuite, il y a le par-cœur.

Le par-cœur

En bas âge, le par-cœur aide énormément l’enfant, maîtriser un petit texte lui donne beaucoup d’assurance, c’est sa première maîtrise si on y songe. Et maîtriser quelque chose est très valorisant. Mais à tout âge, apprendre par-cœur est excellent pour le cerveau. Donc il n'y a pas de honte à apprendre une poésie à 15 ans, seulement bien sûr vous ferez les choses un peu différemment, vous axerez le travail sur la déclamation ou le jeu théâtral plutôt que simplement sur la récitation qui aux yeux de l'ado risque de faire enfantin.

Mais il faut pour cela maîtriser la technique du par-cœur. Nous avons déjà vu ces techniques mais il est temps de les rappeler, selon leur principe.

Dans le cas d’un texte à apprendre par cœur, voici comment j'ai appris à le faire au théâtre : lecture de la première ligne à voix haute, récitation à voix haute de la première ligne sans regarder, lecture de la première et de la deuxième ligne à voix haute, récitation à voix haute des deux lignes sans regarder, lecture des trois premières lignes à voix haute, récitation des 3 premières lignes à voix haute et ainsi de suite. On lit une ligne de plus à chaque fois, à voix haute, et on récite tout depuis le début à chaque fois, à voix haute. La liste s'allonge progressivement. On s'arrête quand on en a assez. On relit le soir. On reprend le lendemain et chaque jour qui suit jusqu'à l'apprentissage complet du texte.

Si vous finissez vite, revoyez la semaine d’après, puis le mois d’après.

Ces étapes étant respectées, le texte est acquis à vie, il suffit de relire pour le retrouver instantanément.

Le par-cœur s’impose pour des poèmes qui resteront gravés à jamais dans le cœur, mais aussi les résumés d’Histoire, de sciences naturelles, les théorèmes de maths ou le vocabulaire d’anglais, de latin, ou d’espagnol. Ce qui fera un beau patrimoine à l'enfant.

On croit souvent que le cerveau de l’enfant ne doit pas être surchargé de par-cœur, cela le fatiguerait. En réalité, la fatigue apparaît d’autant plus qu’il n’y a pas d’entraînement. Comme on le sait, un athlète se fatigue moins vite qu’un sportif moyen. Ce qui est vrai pour le corps l’est pour le cerveau. Plus on apprend par cœur, plus on est capable d’apprendre par cœur. C’est l’entraînement et l’habitude qui développent des facultés, qu’il s’agisse du corps ou de l’esprit. Il n'y a pas de limite. D'anciens prisonniers chinois ont été capables de réciter des dizaines de livres anciens interdits par le pouvoir communiste, des milliers de page par personne. J'ai eu un ami japonais qui connaissait 30.000 kanjis, les caractères japonais, et toutes leurs prononciations (au moins deux par signe).

Autrement dit, l'idée répandue au ministère qu'il ne faut pas fatiguer nos chères têtes blondes avec des règles particulières est une ânerie et une preuve de non connaissance du sujet. Plus on en sait, plus on est capable d'en savoir. Réduire les exercices de mémorisation a réduit de manière dramatique la capacité de l'enfant à mémoriser. Et il est plus fatigué que jamais.

Les petits Japonais apprennent officiellement 1945 kanjis, les caractères d’origine chinoise, et chaque caractère a au moins deux lectures courantes différentes, et même d’autres prononciations dans les noms propres, c’est à dire qu’au bas mot ils engrangent 4 à 6000 cas particuliers. On a voulu faire des réformes de la langue française pour beaucoup moins que ça. Vous le savez peut-être, Cécile et moi avons aussi appris les kanjis et ça ne représente pas un effort impossible. Ce n'est que de la mémorisation. On peut apprendre 30.000 cas particulier. C'est juste une question de répétition, de fréquentation. Et bien sûr, les kanjis que nous ne voyons pas régulièrement, nous avons tendance à les oublier. Le cerveau est une nature.

Vous êtes capable de faire une recette les yeux fermés parce que vous l'avez faite cent fois. Eh bien, comprenez que c'est pareil pour votre enfant: il ne peut pas vous ressortir son texte s'il ne l'a pas vu plein de fois.

Une ruse de Chinois

Une fois que vous savez ça, il n'y a plus de problème et si votre enfant renâcle à relire son texte, s'il est bloqué et refuse, vous le lui lisez à voix haute. Une fois, deux fois, trois fois, là il en aura marre et le fera tout seul, il vous demandera de vider les lieux ! Et hop, l'affaire sera dans le sac. A chaque fois qu'il renâcle, vous lui lisez son texte. C'est très efficace pour le mettre au travail. "C'est bon, maman, je vais le faire tout seul" (la phrase magique qui fait tant plaisir !)

A votre tour maintenant, laissez-nous vos trucs pour mieux apprendre. Il y en a pas mal et nous n'avons pas voulu clore le sujet. Quelle est votre manière de faire ?

Ceux à qui Einstein doit sa célébrité

Inconnus aujourd'hui, ils firent sa gloire. Tout ce que je rapporte ici est strictement exact.

Nous nous appelons Michele Besso, Louis Bachelier et Henri Poincaré. A nous trois, nous avons fait la célébrité de notre confrère, Albert Einstein.

Albert a eu beau dire qu’il devait à Michele, ingénieur romantique et surdoué, "son brillant concours" et qu’il lui devait "maintes suggestions intéressantes", l’Italien est ignoré du public. Dans une lettre de 1939, Michele lui a rappelé ses contributions, spécialement pour quatre articles qui ont fait la gloire d’Albert, par exemple au sujet des quanta de lumière, qui sont de Max Planck.

Pour l’effet brownien, c’est Louis Bachelier, un jeune prodige français, qui en a fait le sujet de sa thèse, en 1900.

Le 5 juin 1905, Henri Poincaré, un autre Français, a présenté à l’Académie des Sciences une note publiée dans les Comptes-rendus et connue du monde entier et qui parle de la relativité restreinte. Le 28 septembre, Albert a 25 ans et reprend les travaux de Poincaré, l’idée d’une théorie de la relativité, alors qu’il n’a même pas son doctorat.

Enfin, E=MC² a été découvert par Poincaré le premier, ainsi que le reconnaît Albert Einstein lui-même en 1906, dans "Annalen des Physick".

Il se trouve qu’un autre Italien avait découvert cette même théorie après Poincaré et avant Einstein : Olinto de Pretto.

Voilà pourquoi Albert écrivit : « Depuis que j’ai eu la bonne idée d’introduire le principe de relativité dans la physique, vous et beaucoup d’autres avez surestimé mes aptitudes scientifiques au point que cela me rend mal à l’aise. »

Henri Poincaré

Henri Poincaré

Système bien rôdé de la violence

— Etre soldat présente des avantages, dit l'Ivoirienne, mi-figue, mi-raisin. Elle redoutait cette troupe de mâles, soldats de l’armée du seigneur de guerre local.
— Explique-toi, fit le poussah.
— Le soldat peut manger, dormir, piller, se droguer ou violer n’importe quelle femme. Bien sûr, au début, il faut participer à une ou deux batailles, mais cela ne dure jamais longtemps, souvent une bataille suffit. Avec cela, on impose les paysans ; et le tour est joué ! Il n’y a plus qu’à dormir ou violer les femmes si on a encore quelque force, et voilà tout. Peu d’hommes refuseraient pareille aubaine, sauf peut-être les infirmes. Même les fils de ministres, qui s’ennuient, filent à la poursuite de cette vie facile.

Libéria Système bien rôdé de la violence
— Et ?
— Après quelques temps, les hommes prennent du ventre. Pas aussi vite que les filles qu’ils ont engrossées, bien sûr. Mais assez pour qu’un autre chef, plus jeune, les écrase et prenne la place. Et tout recommence. Ce système fonctionne depuis très longtemps, croyez-moi. Tout juste les paysans espèrent-ils que le seigneur suivant sera moins cruel que le précédent, mais assez tout de même pour durer un peu. C’est la force du système.
— Tu voudrais que je sois humain, fit le seigneur. Personne ne l'a jamais été. Et sais-tu pourquoi ?
— Oui. Si vous commettiez cette erreur, un autre vous renverserait et vous livrerait à vos hommes. Pour quelques dollars libériens, c’est vrai, ils vous décapiteraient sans remords.
— Voilà.
— Je le disais : c’est la force du système.

Universal problème

Artiste et papa, difficile.

universal problèmeLa musique l’emporte loin. Ses enfants ne comprennent pas. C’est vrai qu’il ne s’occupe pas assez d’eux. Mauvais père. Et mauvais époux. Mais il est habité. Il ne peut pas composer sans qu’ils soient là, dans la maison. Ils les adore et ne peut rien pour eux.
Le téléphone ronronne. "— Tu as la partition ? — J’y travaille. — Déconne pas. Il faut la livrer ce soir, Universal ne rigole plus. — Ils n’ont jamais rigolé. — Ils vont te parler sur Skype, sois près."
Il raccroche.
Le petit dernier surgit :
— Papa, tu m’as promis d’aller au skate-parc.
— Oui, oui. Mais pas tout de suite. Je dois finir mon travail.
L’enfant baisse la tête et tire la porte sur lui en soupirant.
— Léo !
La porte s’ouvre à nouveau.
— Je t’ai promis. Après.
Léo referme la porte sans un mot.
Mauvais père. Il compose. Jamais content, toujours à améliorer. L’orchestre est dans sa tête et il joue bien. Une croche de plus. Le hautbois, maintenant, pour trois notes. Il se rejoue toute la page. Très bien. Non, pas très bien : bien. Non, pas bien : pas mal. Non, pas pas mal : c’est de la bouse de yak. Recommencer.
Le soir, il fait encore jour.
Skype sonne. Il décroche. Il appuie sur un bouton et l’ordinateur envoie son morceau. C’est magnifique. Les enceintes vibrent, il pousse le volume à fond.
Léo est entré et vient lui prendre la main, il plante Universal sur place. Ils sortent. Il peut enfin l’emmener au parc, le petit. Pour la première fois depuis 8 mois, il est un bon père. Et l’ordi joue toujours aussi bien.

Que cessent vos pillages, naufrageurs

Voilà comment l’Église, dans les premiers temps, domestiqua des mœurs sauvages. Avec une intelligence redoutable et beaucoup de patience, elle éteignit le droit au meurtre des premiers Francs, et celui que s’arrogeaient plusieurs nations barbares.

naufrageurs-2014-05-27-10-17-36Sur la côte bretonne autrefois, il y avait certains villages bruns, fouettés par le ressac, qu’habitaient les descendants de pirates saxons. Derrière eux la contrée s’étalait en une infertile lande, aussi âpre et ingrate que la mer ; l’une comme l’autre exigeait travail, souffrance, peine, et ne rendait que peu.
L’équinoxe venant, ces gueux espéraient qu’un navire s’échoue. Ils pouvaient allumer des feux sur les boucans pour diriger les navires droit sur la grève. Si l’échouage avait lieu, ils se ruaient au pillage des vivres dispersés dans les récifs. Quant aux survivants, leur méchanceté était telle qu’ils les achevaient.
Pour leur rappeler la charité du Christ mort pour eux sur la croix, le monastère de Sein leur dépêcha un vieux moine pétri de l’esprit des Apôtres, et rusé. Le vieillard, la tête couronnée de cheveux blancs et le visage austère, vint s’établir là.
— La mer et la terre sont à Dieu, leur dit-il gravement. Vous ne pouvez rien lui prendre sans vous voler vous-mêmes. Pour chacun de vos crimes, vous aurez à payer.
Et en effet il établit une offrande pour chaque vol, pour chaque meurtre.
A la lune suivante, il prétendait qu’il fallait payer un peu plus. Celle d’après, plus encore.
Bientôt, les riches seuls pouvaient payer; et comprirent qu’ils se ruinaient lentement. Les pillages, dépréciés, cessèrent. Le moine patienta encore quelques temps avant de les déclarer illicites.
Il ne fallut qu’une génération pour que ces pillards fissent de bons enfants du vrai Dieu.

Sécurité ouin-ouin

Je ne sais pas ce que je déteste le plus : l’argument sécurité ou l’argument emploi.
Nouvelle en 1.500 caractères maximum.

La petite bande s’approche du ponton pour louer quelques petits bateaux. Les jeunes sont éméchés, ils veulent s’amuser. Ils s’embarquent. Ils ont vite fait de jouer aux autos tamponneuses. L’un d’eux tombe à l’eau au milieu du lac. Il remonte à bord de son embarcation. Mais c’est trop tard, c’est la panique sur la rive. Un quart d’heure plus tard, le Samu, la police et les pompiers sont là, il ne manque que l’Armée de Terre. On alerte le maire et le Conseil général qui a financé une partie de l’installation. C’est grave. Il aurait pu y avoir un mort. Au moins. On en parle au journal. Une famille ouin-ouin témoigne qu’elle aussi aurait pu perdre un enfant si elle était montée sur un bateau, si un enfant était tombé, si on ne l’avait pas vu et s’il s’était noyé.petit-bateau-a-voile-en-bois-laque-qui-flotte-sur-l-eau-961414945_ML

Le ministre se rend sur "les lieux du drame". « Quand j’ai appris ce qui s’est passé, les bras m’en sont tombé des mains. Ce qui est menacé, ce sont les valeurs humanistes, car la vie humaine est au centre de la vie de l’homme. Il faut se retrousser les bras pour la sécurité. Si nous ne faisons rien, il y aura des morts, c’est écrit comme sur du papier à roulette. »

Le public est content, de toute façon il ne parle plus le français. Un projet de loi passe. Il n’y aura plus de petits bateaux sur l’eau ni aucun type de détente nautique.
380 gérants apprennent qu’ils doivent fermer. 224 se retrouvent au chômage sec. 32 se mettent à la boisson, 53 battent leur femme ou leurs enfants, 29 font une dépression, 3 se suicident.

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Illustration du principe:

"Une dernière faveur ? C’est non !

Thérèse H. avait presque cent ans. La vie lui adressait un dernier sourire, une embellie fugitive, le dernier soleil avant la nuit. Et avant de partir, sans drame, il lui restait juste une dernière envie, une dernière faveur à demander.

Il fallait que ce soit bien important pour qu'elle ose ! Thérèse avait toujours eu scrupule à déranger, à réclamer quoi que ce soit… Elle était discrète comme une souris ! Pourtant, ce matin-là, quand le directeur de l'établissement passe la voir, et bien, pour une fois, elle a une requête à lui présenter…

Elle voulait juste un œuf à 30 centimes !

Oh, pas grand chose ! Thérèse, qu’on ne nourrit plus que par perfusion, voulait simplement manger un œuf à la coque !

– Avec une pincée de sel, ajoute-t-elle, et une mouillette, une bonne mouillette de pain frais, bien beurrée.

Le directeur s'empresse d'accepter. Il est heureux de pouvoir donner satisfaction, ému aussi. Car il a bien compris, lui : ce que demande Thérèse, c’est en somme sa dernière volonté.

Sans se douter de ce qui l’attend, le directeur file à la cuisine pour passer commande de son œuf.

Surprise, stupéfaction ! Le cuisinier lui oppose un refus catégorique. Pas question de faire entrer dans l’établissement un œuf dans sa coquille – même de première fraîcheur. Le règlement l’interdit, question de sécurité alimentaire ! L’œuf autorisé, l’œuf réglementaire, c’est un produit en Tetra Brick, un point c’est tout. Ceci pour préserver la santé des pensionnaires.

Le directeur tente vainement de vaincre la résistance de son maître cuisinier, qui ne veut pas se mettre dans son tort. Il s'efforce ensuite de convaincre la diététicienne, mais il est confronté à un argument sans réplique : le règlement, c’est le règlement !

Alors il se tourne vers les associés actionnaires de l’établissement, qui refusent eux aussi toute entorse à la règle ! Il est vrai qu’on risque gros, l'interdiction, la fermeture, si la « faute » commise venait à s’ébruiter et arriver aux grandes oreilles de l’autorité administrative.

Voilà pourquoi Thérèse a attendu son œuf. Elle s'est étonnée de ne pas le voir arriver. Elle s'est demandé pourquoi on lui refusait ce dernier petit plaisir… Puis elle est morte, le lendemain, en silence."

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Autre illustration: les ados arrêtés: ils étaient en train de déneiger la rue.

Le premier Noël de Jerusalem

Lorsque Marie et Joseph traversèrent Bethléem en quête d’un gîte et d’un couvert, ils rencontrèrent ses habitants.

Le premier Noël de Jerusalem

Ils ne trouvèrent nulle part où se loger. Par charité, tout le monde a oublié les réponses des habitants de la ville, qui ne leur trouvèrent aucune place. Pourtant, Marie et Joseph n’étaient pas encombrants, ils n’avaient qu’un petit bagage. La maman était enceinte et avait besoin d’un toit sous lequel dormir. Mais rien n’y fit, ils ne trouvèrent pas à se loger dans cette grande ville.

Mais rien n’est plus simple que de savoir ce que les habitants leur dirent : ils suffit de traverser une vie et de tendre l’oreille.

A la première maison, Joseph avait frappé doucement sur la porte en chêne. Il n’y avait eu aucune réponse. Personne non plus à la seconde maison. Peut-être ne frappait-il pas assez fort ? Alors, à la troisième maison, il tapa du poing. La porte s’ouvrit sur une dame au visage impassible.
— Madame, que Dieu soit sur vous et tous les vôtres, nous sommes à la recherche d’un logis, connaîtriez-vous quelqu’un qui pourrait nous héberger ?
La dame ne fut guère surprise. L’empereur romain avait ordonné à tous les habitants de l’empire de se faire recenser. Alors chacun des environs était venu en ville avec sa famille. Ils étaient très nombreux à la recherche d’un abri. Mais c’était là le premier couple qui osait venir jusque chez elle.

bruegel l'ancien Le premier Noël de Jerusalem

Bruegel l'ancien: le dénombrement de Béthléem

 

— Est-ce que dans ce quartier on ne trouverait pas une place pour ma femme, qui est sur le point d’accoucher ? redit Joseph.
Impavide, la dame ne trouvait pas de réponse :
— Je vais voir. Repassez plus tard, je me renseignerai. Continuez à chercher et si jamais vous ne trouvez rien, revenez par ici, j’aurai peut-être trouvé quelque chose. Mais je ne vous promets rien.
Marie et Joseph s’éloignèrent et naturellement la brave dame oublia l’incident.
Plus loin, on leur répondit :
— Vous allez au-devant d’une grosse désillusion. Les gens ici sont égoïstes.
— Est-ce possible ?
— Vous verrez, ils vous diront qu’ils vont essayer de trouver, mais ils ne feront rien. Allez, bonne chance quand même.
Plus loin encore, ils furent mis en garde :
— Méfiez-vous, on va vous dire « oui », mais au final on vous fera payer une fortune.
Et la porte se refermait.


Joseph comprit alors qu’il était bien loin de Nazareth, la petite ville où il travaillait, où les choses étaient plus simples.
De seuil de porte en seuil de porte, la plupart des gens ne répondaient pratiquement rien. Neuf sur dix ne répondaient vraiment rien, à part quelques mots gênés comme « je ne sais pas » ou « je ne suis pas au courant ». Il n’y avait pas vraiment lieu d’être « au courant », mais c’était le genre de mots qu’on dit sans y penser, pour se défausser.
Ou encore :
— Excusez-moi, mais on ne se connaît pas. Avec tous ces brigands sur la route. Sans compter tous ces étrangers qui rôdent comme s’ils étaient chez eux…
Et ainsi de suite, la litanie des mauvaises excuses n’avait pas de cesse :
— Nous n’avons pas de place et je suis trop occupé.
— Je peux vous donner un quignon de pain, mais pour vous loger, ce n’est pas possible.
— Ce serait sacrilège, pour nous, c’est le 25ème jour du calendrier qui précède l’immolation des brebis offertes à Phoibos (il y avait une quantité de religions alors, et il était impossible de dénombrer les cultes et les rituels).
— Je passe mon temps à m’occuper des pauvres et des miséreux, je leur donne tout, laissez-moi en paix un jour ou deux, voulez-vous ?
Cette dernière réponse était la plus fréquente, avec des variations, telles que :
— J’ai déjà hébergé quelqu’un hier.
— Ce serait avec plaisir et grande joie, mais le personnel de maison a pris son congé.
— Je garde une chambre, c’est vrai, d’ailleurs chacun doit avoir de quoi loger un pèlerin, mais d’abord vous n’êtes pas pèlerins et puis pour tout vous dire, je conserve cette chambre pour des gens qui seraient vraiment démunis, pour des vrais pauvres. Si je vous logeait et qu’un vrai pauvre surgissait ? Nous serions vous et moi dans le pétrin, pas vrai ?
Bref, les mauvaises excuses étaient nombreuses.
— Personne ne vous obligeait à venir à Bethléem.
— Vous collaborez à l’ordre romain en vous faisant recenser.
— Cachez-vous vite, fuyez, ne restez pas dans les parages ! (la porte dans ce cas-là claquait fort au nez de Joseph).
— Réfléchissez une seconde : si je vous héberge, je rends service à l’Empire, et pour moi mieux vaut ne rien faire qui arrange ses affaires.
— Il va y avoir du grabuge. Si quelqu'un vous trouve chez moi, ma retraite est fichue. Essayez de comprendre un peu.
— Ne faites pas de la provocation. A errer ainsi dans la rue, vous allez nous attirer des ennuis.
— Est-ce que vous avez l’air de dire que Rome n’a pas prévu de vous loger ? Impossible ! A moins que vous soyez des propagandistes ennemis de Rome.
Une jeune dame voulait absolument faire comprendre qu’elle était riche :
— Une chambre ? Vous plaisantez ! Je peux vous offrir un palais, seulement mon mari attend le droit de le construire, revenez l’année prochaine.
Il y avait les impies qui disaient non et ajoutaient, une fois la porte refermée :
« Si Dieu existait réellement, il ne les aurait pas envoyés sur la route dans cet état-là ! »
Il est vrai qu’enceinte et sur le point d’accoucher, Marie ne pouvait que supporter difficilement le voyage.
Une fois, ils tombèrent sur un homme très intelligent, un lettré, qui discourut d’un air très pénétré sur ce qu’il convenait de mettre en place en faveur des pèlerins et des voyageurs, sur la politique de la ville et sur le destin de l’homme confronté à la solitude et à l’égoïsme.
Mais il y avait d’autres réactions, moins courantes. Par exemple, cette maisonnée pleine de rires et d’humour, qui orienta le pauvre couple dans une mauvaise direction et les observa se perdre. C’était si drôle.
Tout en s’égarant, convaincus d’aller vers un lieu hospitalier, les trois saintes personnes (Joseph et Marie, et puis Jésus dans le ventre de Marie) passèrent devant une maison à laquelle Joseph n’osa pas frapper, et l’hôte de cette demeure prit très mal la chose :
— Ils ne viennent même pas frapper chez nous comme chez la voisine. Non, mais, pour qui se prennent-ils ? Ce n’est pas croyable !
Il y avait bien sûr ces gens qui les orientaient vers l’hospice public ou le temple, après tout il y a des services publics pour ça, à quoi servent les impôts et les offrandes ?
— Le temple et l’hospice sont pleins, malheureusement, nous y sommes allés.
— Il faut dire que vous vous y prenez un peu tard. Vous avez planifié votre déplacement ? Il fallait vous organiser. Vous n’avez pas entendu parler du recensement ?
Celui-ci ajouterait vers sa femme, une fois la porte tirée : « Il voyage avec une femme enceinte et il s’y prend au dernier moment. On se demande vraiment dans quel monde on est. »
Dans un autre registre, il y avait ceux qui se scandalisaient à mi-mots :
— Le problème, c’est que par ce temps-là, vous jouez avec la santé de l’enfant. La santé, c’est primordial.
Ou ceux qui ne s’inquiétaient pas, ils étaient nombreux, spécialement ceux qui étaient sur le point de passer à table :
— Ne vous en faites pas, ça va s’arranger. Soyez patients.
Ou même :
— Priez, priez, priez ! Le Ciel vous viendra en aide. Bonne route !
— Le Ciel entend toutes les prières et Dieu est bon. Gardez courage. J’ai bien connu votre situation. Il y a des tas de gens dans votre situation, il ont besoin de votre courage. Au revoir !
Pourtant, Marie et Joseph pensèrent à un moment donné toucher au but. Il y eut de très braves gens qui, pleins de bons sentiments, répondirent :
— Nous ne méritons pas votre présence chez nous.
— Mais au contraire, insistait Joseph qui reprit courage, vous nous feriez grand honneur, vraiment si vous aviez une petite place.
— Oh ! non, monsieur, madame, on voit bien que vous êtes des gens bien élevés, avec de la religion et tout et tout, non, nous ne sommes pas dignes. Si j’avais de quoi, une pièce propre... digne des gens de la "haute"... non, vraiment, nous n’oserons jamais. Passez votre chemin, nous sommes trop humbles.
Cette remarque laissa Marie et Joseph décontenancés car ils se pensaient eux-mêmes fort humbles, et ils étaient réellement fort modestes, à Nazareth, étant parmi les plus pauvres alors qu'il y avait au village de puissants personnages possédant des centaines de bêtes et de grandes maisons. Ce n'était pas leur cas, Joseph et Marie étaient simples; comme beaucoup de jeunes couples, il faut le dire. Assurément, jamais ils n'auraient pensé être regardés comme d'un haut rang social. Mais à la vérité, si cette personne leur avait dit ça, c'est parce qu'ils portaient non seulement sur leur visage la royauté sublime de leur deux belles âmes mais en plus, dans tout leur être irradiait la divinité rayonnante de l'enfant qu'ils attendaient. Si bien que, si une maman est bien contente de s'entendre dire qu'elle rayonne grâce à sa grossesse, imaginez ce que ce devait être chez Marie, combien elle pouvait être belle !
Oui, enfin, en attendant, il n’y avait rien à faire. Ils étaient toujours sur la route, le vent sifflait doucement en refroidissant de minute en minute. Sans doute qu'il neigerait, cette nuit.
Le meilleur, je vous le garde pour la fin. Un homme qui avait tout l’air d’un visionnaire leur dit :
— Pour l’amour du Ciel, mais je sais qui vous êtes !
— Vous savez qui nous sommes ?
— Par le Très-Haut, vous êtes Marie et Joseph, de Nazareth !
— C’est vrai. Nous serions-nous déjà rencontrés ?
Joseph eut un regard joyeux vers Marie qui sourit, dans la joie d’avoir rencontré quelqu’un qui les reconnaissait.
— Oui, je vous ai vus, à Nazareth. Je suis persuadé que c'est votre enfant qui sera le Sauveur. Je l'ai entendu en songe. Il est écrit qu’un sauveur va nous naître, les prophètes nous l’ont annoncé, et je sais au fond de moi qu’Il va venir par vous et je sens… Dieu me garde ! Je sais que c’est l’enfant qui est dans ce ventre ! N’est-ce pas ? J’en ai eu l’illumination dès que je vous ai revus à l'instant.
— Béni soit l’Esprit !
— Je vous en supplie, priez pour moi !
— Nous prierons pour vous.
— Je vais de ce pas prévenir les miens !
— Mais nous logeriez-vous ?
— Hosanna ! Je cours avertir mon père et ma mère, et ma famille tout entière, les voisins, les prêtres, mes amis. Béni soit le Ciel. Restez ici, je serai bientôt de retour. Dieu soit loué, j’ai vu les parents du Sauveur ! Priez pour moi, je vais annoncer cette bonne nouvelle.
Et le visionnaire disparut aussitôt, laissant Joseph et Marie à leur dénuement. Il n’avait pas compris qu’ils avaient besoin de lui.

Joseph emmena donc Marie à l’écart de la ville où personne n’avait su les recevoir.

La neige commença à tomber — beaucoup de gens sourient à cette idée, c’est qu’ils ne connaissent pas Bethléem, sur les montagnes de Judée, à 800 mètres d’altitude, où les neiges ne sont pas rares à ce moment de l’année. C’était un 25 décembre, les historiens sérieux le savent à cause du recensement de l’empereur Auguste, et puis les registres des heures sacerdotales trouvés à Qu’mran mentionnent celle de saint Zacharie, père de saint Jean-Baptiste, datant l’apparition de l’Archange saint Gabriel dans le temple, venu annoncé la conception de son fils le 25 septembre, 6 mois pile avant l’Annonciation à Marie ; et puis, c’était le jour de la Fête des lumières et du solstice d’hiver, quand le soleil recommence à s’élever sur l’horizon. Jésus Soleil de Justice, qui illumine les ténèbres de ce monde, a voulu apparaître sur Terre le jour de cette fête païenne. Enfin, la Sibille de Rome indiqua que Dieu naîtrait sur Terre un 25 décembre. D’autres prophéties avaient prédit qu’en cette nuit un immeuble connu de Rome se serait écroulé, ce qui se produisit, et que la fontaine de l’Hospice des vieux soldats donnerait de l’huile au lieu d’eau, ce qui eut lieu. Telle fut la nuit ou naquît l’Enfant Jésus, quoi qu’en disent les farfelus qui prétendent que Jésus ne naquit pas le jour de sa naissance… Et oui, mais ce n’est pas une surprise pour les gens qui ont du bon sens : Noël a lieu à Noël.

Donc, grelottant de froid, Joseph et Marie trouvèrent une étable abandonnée et s’y installèrent. Marie accoucha là et ne trouva, comme lit pour le bébé, qu’une mangeoire emplie de paille. Bientôt viendraient des gens simples, sans demeure, des bergers qui leur sacrifièrent leur temps et leurs présents ; il vint aussi des gens qui avaient de quoi leur offrir de l’or, de la myrrhe et de l’encens, des mages. Ceux-là, pauvres ou riches, étaient déjà sur la route.

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