Donne-moi la main, 2de situation

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Donne-moi la main, 2de situation

Sémiramis et Alexandre ont passé les montages de l’Inde ; Cyrus le Jeune, celles de Perse ; Cambyse, les hautes et torrides dunes d’Ethiopie ; Artaxerxés, l’Hellespont ; Hannibal, les Pyrénées  et les Alpes. César, les Alpes.  Charlemagne et Roland, les Pyrénées. Les Croisés, les monts balkaniques et le Mont Liban ; Djoutchi (fils de Gengis khan) et Djébé, les Monts Tien-Shan, Kisil Art et Terek Davan ; Souboutaï et Djébé encore, les précipices du Caucase ; Tamerlan, les monts turcs et afghans. Bonaparte, les Alpes. Mao, dix-huit chaînes de montagnes, dont cinq couvertes de neiges éternelles.
Et toujours, ce fut l’histoire d’hommes qui tentèrent de contourner les reliefs du monde, de vaincre les piliers de l’univers.

Orelana, ce furent les Andes.

— Donne-moi la main !
Il reste deux hommes en vie parmi les soldats d’Orelana. Le conquérant a confié la route du sud à sa légion indienne, conduite par quelques Madrilènes au cœur brave.
Dans los Andes, sous des pics inconnus, ils ont surmonté les passes glacées au-dessus des précipices. La souffrance a commencé avec les ouragans des steppes gelées. On a dû abandonner des vivres, ensuite le reste a été emporté par la bourrasque. Ils ont laissé derrière eux des corps de chevaux brisés au bas des parois. Les blessés ont dû se relever de leurs brancards pour franchir sur pieds les corniches étroites. On a bu du sang des montures pour se réchauffer. Puis, le froid a gelé les sabots des bêtes, et leurs veines ont éclaté. On les a précipitées dans le vide, avec des hommes malades. La légion s’est perdue.
Les deux survivants ont presque atteint le chemin escarpé. Ils doivent crier, dans la tourmente qui fouette leurs bouches gercées, qui agite leurs loques de sang marron, leurs chiffons autour des doigts.
— Détache… le lien et vas-t’en, maldito !
Ils se sont attachés l’un à l’autre. Ils n’auraient pas dû. Le vieux est suspendu dans le vide. Pour desserrer le lien, l’autre a essayé de le hisser, dix fois, en vain.
— Hombre… si tu ne me donnes la main… je ne peux desserrer le lien… n’ai pas de couteau et… lien est gelé.
— Santísima Virgen !
Ils essaient de gratter le lien avec leurs ongles sanglants.
Dans la nuit, ils se figent liés l’un à l’autre, dans le hurlement infernal.

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11comments
Paul

Texte un peu haletant,très esthétique,glacial.

Un jour Nardo m’a confié:” quand le toubib m’a annoncé que mon fils était né sans bras j’ai pensé: c’est con, je ne pourrai jamais lui donner la main.”

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    viviane arthur

    Pourquoi certaines personnes ont- elles besoin de risquer leur vie ainsi ?Escalader un pic escarpé ? A quoi ça sert ?
    C’est peut-être ça le pêché d’orgueil…Tu n’escaladeras pas des pics en vain…

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    Oria de Timonier

    C’est terrible !

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Delphine Paganotto

Du pur RDW, vertigineux et tragique, et un fond de mort noble (enfin de temps en temps cela arrive !). On peut imaginer leur courage, leur descente “en enfer” sous le vent glacial

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Oria de Timonier

Très bien écrit ce texte. Style à suivre et à développer.

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Paul

Le pardon:j’y reviens.
Vous êtes bien belles Oria et Viviane.
Mais n’avez vous jamais goûté l’immense jouissance de voir un retour de bâton bien ajusté?
N’avez vous jamais vu réaliser vos malédictions même les plus terribles? Alors vous n’avez encore rien connu…
Toute mon affection…
P.S.
Les mecs sont restés pendus mais comme ils sont gelés il y a pas le feu.

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    Oria de Timonier

    Toute mon affection également Paul.

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Caroline

Impuissants et seuls face à leur destin, bien qu ils soient ensemble… Remarquablement mis en mots, comme très souvent en fait.

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Pablo

Y arriba revolan dos mariposas que el sol hace de oro…

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    Max Montgomery

    ça y est je craque, en espagnol bien sûr, je vois des Catalans et des Occitans partout…

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