Donne-moi la main

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Donne-moi la main. Immobilité inattendue, tragique.

— Donne-moi la main.
Père et fils, devant 50.000 personnes, se regardaient dans le blanc des yeux.
Silence imprévu. Le fils ne bougeait pas. Toute l’assistance assistait à ce spectacle désolant. Le père n’avait plus sa certitude de grand politique, il se liquéfiait. Peu lui importait, maintenant, que sa carrière soit foutue. Il voulait que son fils lui serre la main, simplement. Tout à l’heure — ça lui semblait il y a une heure — il aurait voulu une accolade. Mais le fiston n’avait pas eu un seul mouvement vers lui. Une accolade, maintenant, après cette éternité d’immobilité, ça aurait été trop demander. Mais une simple poignée de main.
— S’il te plaît.
Rien.
— Je t’en prie.
Honte. Larmes aux yeux.
— Je t’en supplie.
Et s’excuse, pitoyable :
— Je t’ai donné la vie.
— Et alors ?
Inflexible jeune homme, fier, beau.
Il n’allait pas le gifler, il ne l’avait jamais giflé. Ça n’aurait eu aucun sens ; ça serait monstrueux. Il se trouvait dans la main de son fils. C’est pour ça qu’il la lui demandait.
Les flashs avaient cessé. Les journalistes et la foule étaient suspendus. Silence avide, indiscret, pour surprendre un mot. Oreilles qui sont ce que les yeux sont aux voyeurs.
Drame d’un père qui a raté quelque chose. Il payait.
Son fils finit par la lui donner, cette main. Sans conviction, cruellement, avec condescendance. La salle s’embrasa de plaisir. C’était beau, c’était médiatique. Nuage de flashs.
Mais ni l’autre ni l’autre n’était dupe.
Un homme était né, un autre était mort.

  • Paul dit :

    -Et “si ça venait du ventre”, la fatigue, les insomnies, le rejet…Youpi!J’ai trouvé un bouquin qui va nous sauver!
    -Arr^te Coco! C’est sérieux cette fois! C’est l’histoire d’unpère et d’un fils très en vue tous les deux qui semblent se réconcilier devant témoins…
    -Bravo! Bravo!
    -Mais non! Ce qui les relierait c’est de l’indifférence. Dans le coeur du fils c’est une grande blessure. Une fâcherie à mort. Sans doute il y a eu faute.
    -J’y crois pas!
    -Tu as raison,l’indifférence est impossible entre un père et un fils..
    -Il a le cafard l’auteur?
    -Jamais! c’est un dur!
    -Ah! J’aimerais bien qu’Oria écrive encore un beau poème pour consoler tout le monde…au cas où…

    • Oria de Timonier dit :

      Tu es mignon Paul, je t’aime bien.

    • viviane arthur dit :

      Un père indifférent qui aurait les larmes aux yeux parce que son fils met du temps à lui serrer la main ? Mais alors ce père n’est pas indifférent…il est, ou a été, simplement maladroit, ou victime de sa propre éducation, de ses croyances…

      Moi, j’aimerais bien qu’Oria écrive un beau poème sur le pardon, le pardon libérateur. C’est ce qui lui manque à ce fils, savoir pardonner. et au père aussi, d’ailleurs, savoir se pardonner… Après tout, il a fait ce qu’il a pu.

      D’ailleurs, aussi, pourquoi ces deux là ont ils besoin de faire leur cirque devant 50000 personnes ?

      • Oria de Timonier dit :

        Viviane tu es mignonne aussi. Le pardon est pour moi un très grand et très beau sujet et qui m’inspire beaucoup. Je disais toute à l’heure à un ami qu’il vaut mieux trop pardonner que pas assez. Je vois dès que j’ai un peu de temps j’écris sur le pardon et rien que pour vous. Merci Paul et Viviane pour votre amitié. Et merci à notre auteur préféré de ne jamais cessez d’écrire.

      • Oria de Timonier dit :

        Grand bien lui fasse.

  • J’ ecris aussi des poèmes, mais ils ne sont pas encore à publier au grand public, sauf pour les très intimes 😉

  • Un peu du vécu dans ce texte émouvant ? bien ressentie la détresse.

  • lisecc dit :

    de la détresse ? hum non. Plutôt le miroir de vers quoi nous allons donc.

  • Pablo dit :

    Padre, dos cosas me hicieron dudar siempre de ti; una cosa negra y una cosa blanca…

  • Une lectrice dit :

    Le papa peut se dire que, malgré, ses manquements… peut importe d’où ils viennent ! Il a devant lui un fils qui est devenu “Inflexible jeune homme, fier, beau.” Et ça c’est une énorme joie !

  • Breuil dit :

    Cela m’a rappelé le jour où j’ai dit à mon père que je ne l’aimais pas .
    Alors qu’avec le recul, c’était son vide intérieur qui me révoltait quand par exemple, en 1972, j’étais une enfant et qu’il me racontait qu’en tant que radio-navigateur il lâchait des bombes à huit heures du matin sur les villages algériens où il y avait des hommes, des femmes et des enfants.
    Et qu’à huit heures et quinze minutes il lâchait des médicaments. Je me souviens de ma pensée de petite fille : ” les adultes sont fous!”

    • Max Montgomery dit :

      On peut très bien comprendre que la petite fille ait été choquée: un adulte le serait aussi, à défaut de l’être autant, et ce genre de besogne est digne d’un parfait salaud. C’est l’antithèse du guerrier, c’est l’homme agissant sous contrainte ou sans conscience. A-t-il compris depuis ?


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