Echapper au pénitencier

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Echapper au pénitencier

Le condamné réfléchit, sous le soleil, en tapant sur les cailloux à coups de masse. Son collègue lui remonte le moral :
— De quoi tu te plains ? C’est pas si mal, les travaux forcés. Le grand air, l’exercice, le paysage, les chevaux de la police montée…
— Ce que je veux, c’est m’échapper.
— Oui, tu es jeune, tu peux tenter ta chance.
Echapper au pénitencier— Facile à dire. Tu as pensé à ce qui peut se passer ?
— De deux choses l’une: soit tu as l’opportunité, soit tu ne l’as pas. Si tu ne l’as pas, ce n’est que partie remise.
— OK. Et si je l’ai ?
— Si tu l’as, de deux choses l’une: soit tu arrives à prendre la clé des champs, soit ils te tirent dessus. Si tu te fais la belle, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. A toi la liberté !
— Et s’ils me tirent dessus ?
— S’ils te tirent dessus, de deux choses l’une, mon gars: soit c’est grave, soit c’est bénin. Si c’est bénin, à considérer qu’ils te reprennent, tu écopes d’une blessure et te voilà le caïd au pénitencier.
— Et si c’est grave ?
— Si c’est grave, de deux choses l’une: soit c’est mortel, soit ça ne l’est pas. Si ça ne l’est pas, tu es bon pour l’infirmerie, et il se trouvera bien une ou deux infirmières pour être gentille, ou même câline. Et ta peine sera réduite.
— Et si c’est mortel, nom d’un chien, si ces vaches-là arrivent à me descendre…
Son camarade arrête de taper sur le caillou. Il s’éponge le front. Et, après réflexion :
— Eh bien, tu ne l’auras pas volé, c’est tout ce que mérite un bel enfant de salaud comme toi !

  • Paul dit :

    Pas de panique au pénitencier! Il y a des solutions.
    Appeler Dieu.
    Appeler Zorro.
    Sinon s’évader, au mental.Franchir des rivières, courir dans la plaine, traverser la mer, comme si on y était!
    En dernier , si rien n’arrive , si même obstinément le rêve résiste, chialer. Des larmes chaudes en place de caresses.
    Ou tiens! Chanter à tue tête!La la la! La la la! à s’en faire exploser la carotide.

  • Oria de Timonier dit :

    Paul fait des commentaires intéressants je trouve. J’aime bien le rythme de ce texte.

  • Paul dit :

    Oria,je peux vous livrer ma technique: se mettre en garde devant le texte provoquant de l’auteur,rendre les coups,(touche légère),essayer l’esquive. Cet exercice est vivifiant. Garanti!
    Amusons nous !Sans retenue en accompagnant notre coach.
    Vous aimez l’écrit. Je vous ai lu(e) attentivement.

  • le pénitencier vu avec humour noir, pas mal du tout!!

  • sonia dit :

    Cet auteur retrouvé avec curiosité et sympathie, est un marionnettiste adroit. De ses longues mains nerveuses aux gestes prestes, il fait mouvoir des personnages héroïques, émouvants, engagés dans d’incroyables aventures.
    Remarquez sa silhouette distinguée, penchée sur son héros du moment, écoutez ses voix multiples.
    Hé ! Que vient faire ce rapace si près de lui ? Que scrute-t-il de ses yeux inquisiteurs? Misère ! C’est un lecteur acharné. Plus de mots ! Chut ! Fermez le rideau !
    Les lecteurs se gorgent d’inquiétudes, d’attentes, portées par les écrivains. Leur voyeurisme, monumental éblouit les naïfs, fait monter les affaires. Prudence ! Dans cette époque de consumérisme à tout vent, quantités de livres sont jetés à la poubelle sans être jamais lus !
    Moi je ne ferai jamais cela, je préfère ne lire qu’un seul livre plusieurs fois dans l’année ! A chaque lecture, un nouvel angle apparaît, le plus petit livre cache des merveilles, des secrets… et j’adore découvrir des secrets…Une fois qu’on l’a lu à l’endroit, il faut relire le bouquin à l’envers, puis en sautant des pages…Le traduire en une autre langue, enfin quoi, ne pas le gaspiller ! N’êtes-vous pas de cet avis?
    Par exemple, à l’envers, le texte sur Echapper au pénitencier pourrait donner :
    ‘Toi, comme un bel enfant de salaud, c’est tout ce que tu mérites, tu n’auras pas volé le bien….’
    Quel bien ? Le bien commun ? Le patrimoine commun ? On peut se douter que l’auteur a lu Platon et Aristote qui n’avaient pas la même appréciation sur ce concept.

  • sonia dit :

    “Décrire les passions n’ est rien; il suffit de naître un peu chacal,un peu vautour,un peu panthère”
    Et pour vous quelle est-elle?


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