Hors-champ

Le pari, écrire une nouvelle par jour en 1.500 caractères

Une série de rencontres hors-champ avec le même homme.

On se croisait au café. La première fois, c’était un homme charmant, j’étais ravie. Il avait une chemise assortie à ses yeux, et il a osé me faire un baise-main, ça m’a remuée. J’aurais bien aimé qu’il me fasse du gringue, j’aurais refusé une fois ou deux, pas plus.
La seconde fois, il était en noir, un pantalon en cuir, des lunettes de soleil, et s’est montré direct, protecteur, mais assez dur aussi. Pas déplaisant, mais différent.
— Ça biche ?
Ça ne collait pas du tout. Et il a pris un chewing-gum. Je me disais « chassez le naturel, il revient au galop ».
La troisième fois, un costume mauvais genre, une cravate turquoise. Un brushing minable, c’était grotesque. Il gardait son charme. Mais il ressemblait à un VRP. J’étais un peu paumée. Il a réussi à me faire rire, cette fois-là, avec ses blagues.
La fois d’après, on aurait dit les Vestiges du Jour, un vrai gentleman, délicat et Rod Steiger et Marlon Brando, deux géants Hors-champattentif; je serais tombée sous le charme s’il n’avait pas été d’une complète froideur ! Je ne comprenais rien. Il n’avait pas l’air surpris :
— Peut-être voulez-vous que je vous commande quelque chose ?
Quinze jours plus tard, il avait une cravate et un jean, et posait des questions :
— Vous habitez où ? C’est quoi, votre travail ?
— Et vous, vous faites quoi dans la vie ?
Il m’a souri et dit :
— C’est moi qui pose les questions.
J’ai pensé que c’était un psychopathe, je lui ai dit de me fiche la paix.
Il n’est plus jamais venu au café.
Mais je l’ai vu. Au cinéma. Il jouait dans un film à sketches.

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5comments
Oria de Timonier

Là vous avez réussit à me faire rire. Vous avez vu l’homme à la peau de serpent. Marlon, mon mythique à moi.

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lisecc

A commander immediatement, j’aime les films à sketches. Et votre texte aussi
On en ferait un livre. Angoissant un peu, non ?

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    lisecc

    ” Il n’y a qu’en politique qu’on trouve ça normal…”
    hé, hé voilà un point certain : justement c’est cette normalité qui rend la politique moderne si inquiétante à mes yeux, .
    Mais comment vivre sans ?

    Reply
Delphine Paganotto

Cela évoque le dédoublement de personnalité, c’est à la limite de la schyzophrénie.ici l’acteur ne se défait pas de son role.

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Pablo

Etes-vous sûr que cet homme rencontre à chaque fois la même femme ? L’innocent ! « Souvent femme varie et bien fol qui s’y fie. »

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