Journaliste en friche

Le pari, écrire une nouvelle par jour en 1.500 caractères

La grosse presse est bien rodée: les journalistes apprennent à se taire.

Elle se rassoit. Le red-chef lui a encore fait la leçon, à mots feutrés, à mots couverts. La “ligne éditoriale”, “l’esprit des lecteurs”. Hypocrite. Il n’aurait jamais parlé comme ça à un homme. Et même s’il l’avait fait… Ne rien dire sur cette directive européenne qui va ruiner des milliers de producteurs; les cartels de la pharmacie industrielle ont les lobbies qu’il faut, à Bruxelles. Et les gros laboratoires achètent des encarts dans le journal.

Elle est écœurée. Elle va démissionner. Mais pour quoi faire ? Sur Viadéo, personne ne s’intéresse à elle, ni sur Facebook. Où va-t-elle retrouver du boulot ? Elle sait qu’on l’a embauchée pour son physique. C’était il y a des années. Maintenant, il y en a de plus jeunes, prêtes à tout. Elles n’ont pas besoin d’être passées par une bonne école de journalisme. Elles auront sa place. Le journal, c’est un Lavomatic à minettes, c’est rincé et hop, dehors !

Ok, ils veulent qu’elle se taise. Elle va faire un dernier papier. Ensuite, elle sera virée, mais elle fera parler d’elle. Elle va publier un article sur le net, qui explique comment le journal gagne de l’argent en taisant des infos, en monnayant des silences. Plein de journaux gagnent comme ça, en la bouclant.

Marc, un copain, se penche sur elle, et, comme s’il avait deviné ses pensées: “Pars en silence. Si tu l’ouvres, tu ne travailleras plus jamais. Tais-toi, et ils te feront une recommandation.” Il a raison. Elle va se taire, prendre ses affaires et s’en aller. En silence.

  • Paul dit :

    Courber l’échine,raser les murs, baisser les bras,la tête,s’applatir,avaler des couleuvres,et se remplir de rage,voilà pour les accablés, les soumis.
    Marcher la tête haute,le regard droit, le souffle apaisé revient aux résistants.
    C’est simple non? Tu choisis ton groupe, et vite! Pas les deux à la fois! L’un après l’autre seulement.Tu attends ton tour.

    Et le journalisme dans tout ça? On pourait en lire des pages et des pages…et en écrire d’autres. Faut-il protéger les journalistes?

  • lisecc dit :

    Il faut protéger les journalistes, Paul, bien évidemment. Il faut empécher le silence, qui n’est jamais d’or, quoiqu’on veuille nous faire avaler.
    Un excellent papier, merci Rémy.
    On devrait faire tout un recueil sur ce thème.

  • Il est un fait que l’industrie pharmaceutique internationale devrait nécessairement être régulée aussi. Il n’y a aucune charte, aucun code de déontologie pour ce juteux commerce qui a tout l’avenir devant lui. Des populations pauvres telles que dans les couches les plus défavorisées de l’Inde pour exemple se voient être les cobayes de nos industries au risque de leurs vies. Nous-mêmes sociétés occidentales nous en faisons les frais avec la bénédiction des gouvernements sous prétexte que cela maintient un nombre conséquent d’emplois. Mais qui a dit que le respect et l’honnêteté ne maintiennent pas l’emploi. Aux US et je ne suis pas pro-américaine dans les années 97 déjà le Méditor était interdit. En 2011 en France. Les industrielles et les gouvernements main dans la main ne se sentent ni responsables ni coupables. Pour certains responsables mais pas coupables. La formule est bien choisie, la communication est bien établie, l’honneur’ est sauf et ce sont les autres qui paient. Ils ne peuvent plus rien dire ils sont morts. On donnera un peu d’argent à leurs proches dans le meilleur des cas et le dossier sera clôturé. Mais le fond du problème fait-il partie de la volonté structurelle de régulation des marchés . Aux nations unies la jeune fille de l’Ambassadeur du Koweït qui n’avait jamais mis les pieds au Kowet fit un discoure très triste avec les larmes qui coulèrent à flots devant toutes les télévisions du monde en disant que les Irakiens prenaient les bébés des couveuses pour les jeter à terre. La guerre ne se fît pas attendre. L’entreprise de communication chargée d’émouvoir le monde entier avait touché 14 millions de dollars. Le prix de la mort assurée. L’honnêteté est enterrée dans je ne sais quel cimetière avec tous les morts qui eux de leurs vivants n’ont jamais pu s’exprimer devant les télévisions de la terre entière. Cette petite adolescente manipulée devrait faire une dépression à l’heure actuelle à moins qu’elle ne se glorifie devenue femme d’être une héroïne. Le mensonge a de beaux jours devant lui, il est même très lucratif. Sans doute va-t-il nous permettre de sortir de la crise internationale. Après tout un rein sur le marché noir c’est donnée.

  • En Chine pour du lait contaminé c’est la peine de mort, en France pour du sang contaminé c’est une promotion aux affaires étrangères…La diversité culturelle vous me direz, pour cela il y en eu des crises cardiaques n’est-ce pas ?

  • Oui. Terrible article d’RDW. Finalement, la ligne de partage passe dans la fosse la plus discrète qui soit : entre les deux hémisphères (cervicaux).

  • viviane dit :

    Bonjour à tous

    Rémy, j’ai adoré ce texte sur cette journaliste. Je ne sais pas ce qu’elle va devenir.Je la vois partir avec les épaules tombantes…

    Je suis d’acord avec Paul, il faut choisir son groupe: les résistants ou les soumis.
    La résistance, c’est la guerre mais cette guerre n’est pas obligatoirement sanglante.
    On aurait pu imaginer que Marc donne un autre conseil.
    Il aurait pu dire: Tais-toi, continue à parler des robes des épouses de nos dirigeants et envoie ce que tu sais ( sous un pseudo) au Canard Enchaîné. Pour soulever tous les lièvres qu’ils soulèvent, ils ont des informateurs partout.
    Il aurait pu dire:Démissionne, fais-toi faire une recommandation pour aller écrire dans un journal des articles sur les modes de déplacements de nos dirigeants et écris un livre, balance ce que tu sais sur le net…

    La résistance commence souvent dans la clandestinité parce que la résistance s’attaque souvent à des injustices monstrueuses, à des ordres établis.

    J’ai été, moi aussi, scandalisée de voir que les responsables non coupables de l’affaire du sang contaminé soient au gouvernement ( gouvernement que j’ai participé à faire élire de ma petite voix crédule). Scandalisée et inquiète parce qu’il va falloir du courage pour tenir la barre par ces temps de crise et le courage les responsables non coupable n’en ont pas.

  • arfeuil dit :

    J’aurais préféré un autre dénouement à cette histoire : que cette journaliste fasse son dernier article pamphlétaire pour exorciser toutes les frustations en elle avant de partir -ce scandale la révolte, elle n’a jamais eu de liberté d’expression, elle n’est plus à la page physiquement, ….-, mais le rouleau compresseur de sa hiérarchie et de la bien-pensance généralisée l’écrase finalement.
    Dommage, car elle a le courage de partir, tout le monde ne l’aurait pas. Il lui restera certainement le goût de l’inachevé….

  • Chemin31 dit :

    Les journalistes nous disent des vérités, certains sont courageux. Parfois ils nous racontent des bobards, ils nous disent ce que nous voulons entendre. Je leur donne le droit de se tromper sachant que ” Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors”.
    Est-ce qu’ils peuvent se faire intimider, est-ce qu’ils se font acheter? Je n’en sais rien, tant pis pour eux si c’est le cas!


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