Kurtz, le colonel oublié

Le pari, écrire une nouvelle par jour en 1.500 caractères

Pour ceux qui se souviennent d’Apocalypse Now, de Coppola. Magnifique livre de Joseph Conrad: Au Cœur des Ténèbres.
Le napalm au Vietnam: il en a été déversé une quantité équivalente au débit de l’Amazone à son embouchure durant 20 secondes !

Je montais vers le temple. Je vis le colonel Walter Kurtz, j’ai compris qu’il voulait finir en beauté. Sa haine du mensonge m’habite encore.
Il a été difficile de remonter la rivière qui charrie cette eau boueuse. Rivière fétide, tu portes moins d’eau que cette masse qui tombe du ciel, ce napalm liquide, souffre rose-noir violacé.
Mon grade ne vaut plus rien. Je suis capitaine, mais Kurtz a une avance sur moi, Kurtz, le colonel oubliécelle d’un voyage au cœur des ténèbres. Horreur noire poussée sur les visages de pierre khmers. Il faut remonter vers le cœur, là où palpite le sacrifice.
Adieu, têtes pleines de paille de l’Etat-major. Comme celles, coupées à la machette, ricanant sur les piques sanguinolentes, qui trônent sur les marches du temple royal. J’ai fui les têtes, j’ai trouvé le cœur.
Après avoir tué Kurtz, j’avais un peuple de rebelles à mes pieds, ils vénéraient l’assassin d’un dieu suicidaire.
Horreur : incantation et transe des sacrifices. Hélicos, hélicos, poussière des hélicos, danse des hélicos. Tirs de mortiers, M60 au doux chant, ponts déchirés, ballade des lampions, nuées de fumigènes, conscrits allumés, calumets de haschich, cages de bambou, casques en bandoulière, grigris afros. Et mon bateau remontait, non, descendait la rivière vers sa source, le sang conduit au cœur.
Et encore l’incantation de l’horreur, le sacrifice, immaculé, maculé.
Je me souviens, il y avait une machine à écrire dans un halo de bougies, un écrivain dans l’ombre. Écriture de lumière, écrivain obscur.

  • Paul dit :

    -De l’eau! de l’eau! mon maître est tombé à la renverse en lisant la dernière nouvelle de RDW! Il suffoque! il se ratatine! il est tout calciné!

    L’art permet de nous plonger dans les pires horreurs sans aucune indignation. On admire impunément.
    Il nous offre des tabous innocemment et nous nous en délectons.
    L’art est-il sacrilège? Certains le pensent actuellement, mais la
    censure est vieille comme le monde…et l’art court devant nous depuis la nuit des temps!
    Faut-il avoir des clefs pour comprendre toutes les productions
    artistiques? L’art est-il démocratique?

  • Oria de Timonier dit :

    Rémy je vous prie de contacter Laurent car il est de très bon conseil en matière de publication. Il est à Paris tout l’été. Vous pouvez contacter François également spécialiste de Nietzsche avec lesquels vous pourrez avoir des conversations très enrichissantes et pourquoi pas des conseils en édition.

    • viviane dit :

      C’est un très beau texte Rémy. Quel va être l’impact de cette scène sur ce témoin, journaliste ou autre ? Comment va-t-il continuer sa vie, quel chemin va-t-elle prendre ?

  • Chemin31 dit :

    Qu’est un écrivain?
    « Il ruse, il triche, il ment, il trompe, il invente, réécrit,transfigure tout, sublime ses vilénies, héroïse ses lâchetés, arrange son vécu en le remodelant à sa fantaisie…
    Mais cela, ce n’est que le recto de la page de l’œuvre. Car il y a l’autre versant, la pile de la face, l’avers du revers, la main gauche qui n’écrit pas.
    Ruser, peut-être, mais pas avec soi. Tricher, pour ne pas trop se compromettre vis-à-vis des autres. Mentir, mais en disant le vrai, l’insoupçonnable, le pire……
    Se demander qui est un écrivain, c’est se demander qui est un homme….. »
    Claude Froidmont dans « Chez Mauriac à Malagar »
    Votre écrivain dans l’ombre interroge en seconde lecture…


  • >