La morte accouche

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Voilà de quoi réfléchir: une histoire authentique. Le dogme de la mort cérébrale est encore tenace et les familles n’exigent pas toujours des examens complémentaires: angiographie, doppler pulsé ou angioscanner cérébral. Le législateur aussi tient à ses convictions, il n’a toujours rien changé. Et l’Etat des comptes de la Santé n’arrangera rien.

La pauvre femme agonise, les médecins s’éclipsent, on ne les trouve jamais.
Elle porte leur bébé, qui en est à 6 mois. Son mari lui tient la main, et elle s’endort en prononçant ces mots : « Mon bébé ! »
Le médecin arrive enfin.
— Monsieur, c’est fini. Mes condoléances.
Mais le père lève les yeux, dans le vague :
— Il y a le bébé.
— Je comprends. Mais il ne survivra pas. On va s’occuper de vous.
— Occupez-vous du bébé, plutôt.
— Vous savez, le cœur du bébé peut battre quelques heures, c’est normal, mais…
Lui, n’entendant rien, vers le ventre de la morte : « Accroche-toi, mon petit ! »
— D’accord. On va attendre. Je vous laisse.
L’infirmière :
— Ça ira, monsieur ?
La nuit passe. Le petit cœur du bébé persiste à battre.
Sandy a été remplacée par Josy, Cathy, Rosy.
Et le bébé vit toujours.
— Vous dites qu’elle est morte !
Le médecin :
— Mort cérébrale, oui, c’est formel.
— Si le bébé vit, elle vit.
— Vous vous faites du mal pour rien. Nous… devons libérer le lit.
— Non ! Pas tant qu’il vit.
Deux jours, puis trois. Le bébé s’accroche.
Une semaine. On fait un doppler pulsé. La mère vit !
Et un mois passe.
— Nous ne comprenons pas. La science est humble face à certains mystères.
— Mais les médecins sont catégoriques face à leurs habitudes ! Pourriture.
Un jour enfin, le bébé veut sortir. On accouche la “morte”. Oui, Cette fois, la mère est bien morte, on ne s’est pas bien occupée d’elle.
L’enfant, qui a mené seul le plus beau des combats, ne vit qu’une heure.

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Je précise qu’il y a eu un cas antérieur d’accouchée morte cérébralement, c’est celui dont je m’inspire et qui s’est produit en 1992.

  • Cyriaque Dumont dit :

    Quelle histoire! J’en ai la chair de poule! La vie relève vraiment du mystère.

  • Triste démonstration des habitudes trop mécaniques des médecins.Ces bébés ont droit à leur bout de vie, avec dignité.

  • Paul dit :

    – Pourquoi RDW fait mourir une maman et son bébé un dimanche matin?
    -Tu iras lui demander c’est la fin des haricots.
    -Non! il en reste dans le jardin!
    -C’est ça! va en cueillir deux poignées!

    Mort clinique ou pas: il y a des publications sur ce sujet. On peut se renseigner.Y-a t-il un problème légal?

    Blague à part,ce problème de la mort intime qui arrive un Dimanche matin parmi les papillons blancs et le doux chant des tourterelles a bien une signification en rapport avec ce blog me semble t-il.
    Cette expérience doit être considéréé des deux côtés des participants et vous pensez bien que le côté de l’animateur m’intéresse assez. Cela dit je n’attends de vous aucune réponse.

  • Oria de Timonier dit :

    Il ne vécut qu’une heure ; les médecins pensaient son souffle éteint. Une infirmière tenait le bébé dans ses bras. Le père incapable de le faire. Sandy s’approcha de son visage pour l’embrasser. Lorsqu’elle s’aperçut que là sous son bras son tout petit cœur battait encore. Un léger, très léger battement, une palpitation miraculeuse. Elle ne le croyait pas. Demanda au père de vérifier puis au médecin. Sans même attendre une seule réponse ou un seul ordre elle courut de toutes ses forces les yeux pleins de lumière et brillant d’espoir à la salle de réanimation. Il fut de suite placé en couveuse avec tout l’oxygène dont il avait besoin. Le bébé vivait, il fallait le sauver. C’est ainsi que grâce à Sandy Josué Gaspard Dumont naquit. Il n’avait comme séquelle qu’une paralysie du bras droit. Malgré ce handicap il fît de belles études en pédiatrie. Josué fut parmi les meilleures de son domaine et il sauva beaucoup d’enfants qu’ils adoraient comme s’il s’agissait de ses propres enfants.

  • Paul dit :

    Je vous embrasse Oria. Vous êtes bonne et courageuse et pleine d’espérance.Je suis revenu sur le blog avec quelques regrêts d’avoir soupçonné l’auteur “d’intentions”.(entre nous Oria, on n’est jamais assez vigilant).
    Dimanche soir le bébé était devenu en fait un homme exemplaire, c’est une magnifique manière de voir les choses.

    • Oria deTimonier dit :

      Ola Paul si tu m’embrasse comme un bébé je sent que je vais reprendre mon souffle. Merci. Si je suis bonne ? Et bien, ma foi, mon ex mari n’a jamais eu à se plaindre. De ce côté là au contraire, il serait même du genre à en redemander mais bon…Si je suis courageuse ? Certains politiques feraient mieux de se méfier des gens bien plus courageux que moi car nous ne leur avons pas donné un chèque en blanc, où qu’ils se trouvent. Si j’espère ? Oui avec la lumière dans le coeur des gens certainement.


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