Le long-courrier des Messageries Maritimes

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Le long-courrier des messageries maritimesLe long-courrier des Messageries Maritimes

Quelques instants auparavant, le commandant se demandait encore si le paquebot des Messageries Maritimes, malmené par une marée houleuse et sans repère visuel, n’irait pas s’éventrer sur un récif du cap Saint-Jacques. Les stewards se transmettaient des ordres vifs. Croisant les passagers le long des coursives, ils couraient de profil. Les passagères impressionnées poussaient des cris.

Et tout d’un coup, l’eau changea, elle se fit d’huile. « Nous sommes dans l’œil du cyclone, ça va revenir ! », dit un petit Parisien. « Là, regardez ! C’est affreux, un naufragé ! »

Les passagers se portèrent à tribord : une barcasse les croisait, soulevée par le sillage du long-courrier, avec, à son bord, un pêcheur indolent dont la ligne se suspendait entre les doigts de pieds. L’homme souleva son chapeau et leur fit un signe. « Mon Dieu, mon ami, mais faites quelque chose ! » — « Amenez une échelle de corde ! » Les passagers auraient pris le commandement du navire. Mais soudain, d’autres pécheurs apparurent sur l’eau, affalés et décontractés comme le premier. En fait, le navire était entré dans la rivière de Saïgon. Les passagers se mirent à rire. « Un naufragé ! fit une dame, mon pauvre ami, vous vous êtes ridiculisé. »

La mer glissa sous la rivière. Les hélices brassaient une eau jaunâtre. Sur les rives, les mangliers, les tecks et les tamaris encadraient les rizières aux teintes pourpres violacées. Trois heures entre ces rivages de brouillard, et ce fut comme si Saïgon surgit de l’invisible.

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6comments
Oria de Timonier

Les rythmes sont bien marqués.
Un élixir sans égal , le miel de la vie : du bonheur !

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Nelly

Un rendez-vous matutinal incontournable
Merci Rémy

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Paul

Doucement, doucement,
Doucement s’en va le jour….
Chut! endors-toi tout petit
N’aies plus peur, RDW s’est métamorphosé en zéphyr.

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RIMBAUD

Epoque et pays qui nous emmènent dans une ambiance magique. On imagine, les couleurs, les odeurs et la moiteur de Saigon, toute proche….

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Caroline

Légère, bien écrite et bien menée; un vrai moment de sérénité…

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rePaul

Un, deux, cent, mille naufragés, mais pas dans la rivière de Saïgon…Hélas!
De vrais naufragés qui seront une des aventures les plus tristes de nos mers et de nos continents.
En 2012 on pouvait encore entendre certains mots sans trop de colère impuissante!
Quatre ans seulement, et tous ces naufragés rentrés dans l’Histoire…

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