Leçon politique sur les hauts plateaux

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Leçon politique sur les hauts plateaux

Discours cinglant du bonze au jeune bergerLeçon politique sur les hauts plateaux

— Bientôt, tu te piqueras de faire la leçon aux bergers du village. Je t’y vois bien : « Il faut agiter la fronde au-dessus de la tête et envoyer les cailloux avec vigueur, pour être obéi du troupeau entier », et tu feras la démonstration. Mais les bêtes affolées s’égailleront et il te faudra galoper à droite et à gauche pour les réunir. « Je vous ai montré ce qu’il ne faut surtout pas faire, reprendras-tu hypocritement, il faut faire virevolter la fronde à ses côtés sans se fatiguer, envoyer les cailloux de ci, de là, sans atteindre les pauvres bêtes », mais, cette fois, les animaux te regarderont du coin de l’œil sans cesser de brouter, et tu devras distribuer des coups de bottes pour les ramener au village. Oh ! tu ne renonceras pas. Tu échangeras ta fronde contre un sifflet. Mais agiter la fronde réchauffe le corps, alors qu’ainsi, le froid te saisira. Eh bien, tu chercheras d’autres moyens plus faciles. Et de plus en plus compliqués. Tu seras tel le cœur malade : il bat de plus en plus vite mais brasse de moins en moins de sang. Tu marcheras vers la mort.

Si le ciel le permet, tu finiras par ouvrir les yeux. Et tu constateras que les bergers manient leur fronde en chantant joyeusement et qu’ils mènent des troupeaux dociles. Alors, tes mots seront : “Pour diriger un troupeau, il faut considérer le poids de la fronde, l’appétit des bêtes, l’humeur du ciel, et que sais-je encore ?”

Et là tu auras trouvé une très jolie formule, qu’on répètera de père en fils chez les bergers.

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10comments
Paul

Belle allégorie!Magnifique!

Un vacher m’a dit un jour: le grand principe pour conduire un troupeau et son chien c’est de n’être jamais dans la contradiction.
Certains utilisent la séduction pour fédérer mais ça ne marche pas avec les animaux! Quoique!”minou minou minou “

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Delphine Paganotto

Mi piace! jolie tradition ancestrale qui nous fait voyager vers des cultures inconnues…

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Delphine Paganotto

Faut-il y voir un parallèle avec nos politiques européennes? 😉

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Oria de Timonier

c’est un jeune homme qui essaye maladroit puis observe et apprend. Le bonze préjuge des capacités grandissantes du jeune berger et condamne par avance cette jeunesse maladroite. Le bonze est dans l’erreur.

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    Le fantôme du blog

    Vous avez peut-être raison. Le bonze n’est pas “pédagogue”. Mais sa franchise n’est-elle pas libératrice ? Condamne-t-il ou montre-t-il là où conduisent les erreurs de l’esprit qui veut tout domestiquer, plutôt qu’accepter que des prédécesseurs, certes modestes, humbles même, ont peut-être trouvé tout de même, dans le cours des siècles, des solutions simples à des solutions simples ? C’est une allégorie.
    Il y a chez ce jeune homme un esprit, non seulement de moindre effort, mais surtout de rupture du lien qui existe entre un métier et les sens cachés qu’il porte. Le sens des vieux métiers réapparaît aujourd’hui avec la redécouverte des lois naturelles cachées, la validité d’une organisation sociale à échelle humaine fondée sur ces lois naturelles apparemment simples, apparemment rituelles, apparemment rustres, mais plus bénéfiques que la réponse technique qui sépare le geste et l’environnement. Aujourd’hui on remet des chevaux dans les forêts pour débarder des billes de bois: plus économique, plus rapide et surtout plus impliquant; l’homme au contact du monde sylvestre n’agit plus de la même manière, il n’envisage plus son travail de manière chiffrée mais de manière vivante.
    C’est dire qu’une tentation technique a dominé les deux derniers siècles, ce fut le recours systématique à la technê qui n’aide que provisoirement jusqu’au moment où l’absence de lien (impliquant un effort) agrandit encore la coupure et oblige à d’autre solutions toujours plus compliquées, plus chères, plus épuisantes. Voyez l’histoire des banques et des flux financiers ! On est dans l’irréel et cet irréel détruit des millions de personnes, plus douceureusement qu’une déportation massive, mais avec autant d’efficacité, puisque les populations sont déportées dans un monde qui n’existe pas, où elles n’ont plus de raison d’être, plus de travail et des dettes qui les enferment dans la démence.
    Il n’y a pas de solution facile qui soit une solution. Le retour à une liberté demande un effort. Car la question est là: ma liberté ne vaut que ce que je lui consacre. Elle n’est jamais acquise.
    Il y a eu, il y a quelques années, un temple chinois où le supérieur avait refusé de l’autorité de Pékin qu’une pompe électrique soit installée pour l’adduction d’eau. Le vieux sage préférait que les jeunes moines continuent à aller à la source avec des cruches. Voilà qui m’a donné à réfléchir.
    Voilà ce qu’on pourrait penser, par exemple, de ce petit texte.

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      Oria de Timonier

      Olah mon bon auteur mais c’est que vous êtes intelligent en plus ! Seriez vous un de nos intellectuels ? Alors là je dis respect. Parlez moi encore des banques et des financiers, j’ai tout un chapitre moi aussi là dessus !

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      Oria de Timonier

      C’est très juste ce que vous dites Rémy. Votre réflexion est très intéressante et mérite d’être développer. Merci.

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Oria de Timonier

Paul, tu ne sais pas appeler un chat. Ce n’est absolument pas comme cela. Je veux bien t’apprendre à appeler un chat.

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Delphine Paganotto

Moi je ne veux rien imposer.Chacun est libre d’expression ici.Et nous sommes tous là pour encourager notre auteur doué à continuer.Rémy, à toi ! 😉

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Pablo

En la colina el pastor silba en su pito….
¡ Ay, qué relumbres y colores!
¡ Ay , cómo ríen los prados!
Una brisa , allá lejos acaricia….
Anda, anda…

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