Shanghai, 1938, le Bund

Le pari, écrire une nouvelle par jour en 1.500 caractères

Shanghai, 1938, le Bund.

le Bund shanghaï, Max Montgomery écrit Reinhardt TarkandSur le Bund, un Chinois nous cria : « Vous, les Blancs, écoutez ! Quand on casse un oeuf, il reste le jaune, mais le blanc s’en va ! » Le temps de la présence occidentale en Chine était révolu.
Les pousseurs de brouette ahanaient derrière leurs passagers modestes, les tireurs de rickshaws n’avaient pas plus d’égards pour les piétons que pour les automobilistes. L’air puait l’huile, les bois d’exportation coupés trop tôt, les marchandises en attente d’acheteurs, les cuisines roulantes poisseuses, les pots d’échappement auxquels vous n’échappiez pas, et les baquets d’aisances ouverts à tous les vents.
Shanghai ! L’eau fangeuse du Yang Tsé, les réservoirs d’hydrocarbures de la Standard Oil Company, et les usines le long des rives se coalisaient pour vous lever le cœur.
Les porteurs ne vous demandaient pas votre permission pour voiturer vos bagages. Seuls, par deux, ou jusqu’à dix pour supporter des charges suspendues à des hampes de bambou, ils défiaient stupidement l’invention de la roue. On mangeait à la sauvette des nids d’hirondelle et des chenilles, ou encore des tranches de canard laqué, des ailerons de requin.
Quai de France, les vêtements de cotonnade bleue de coolis* nattés suaient d’impatience, tandis que les navires accostaient en chassant devant eux à coup de proue les essaims de sampans et les trains flottants de bambous. Les contremaîtres criaient leurs ordres, laissaient passer les coups de sifflets de manœuvre, reprenaient leurs ordres.

*: j’adopte l’écriture « coolis » à la française et refuse l’anglais « coolies ».

 

  • Paul dit :

    Bon ça va! Vous écrivez magnifiquement ….Il y a du mouvement de la tendresse,des odeurs,des mots qui chantent…et presque imperceptible un serrement de coeur…une nostalgie….

    Au contraire d’Oria je ne vous demande pas de nous parler encore de Shanghai mais si ça vous fait plaisir! Les auteurs sont maîtres chez eux! On peut tourner la page…
    C’est que pour moi il n’y a aucune résonnance émotive dans cette ville et que je n’aime que “ce qui me parle de moi”.
    Vous pouvez me ranger dans les mauvais lecteurs incapables de ce décentrer.Vous en rencontrerez.
    Un lecteur parmi d’autres.

    • Oria de Timonier dit :

      Paul tu aimes ce qui te parles et c’est bien normal.

      Pourtant la véritable littérature comme celle-ci parle d’elle-même en premier lieu aux plus sensibles et ensuite à tous ceux qui aiment lire. Le sujet peu être une chaussure c’est la façon d’écrire qui nous emporte.

      Cela dit il y à des sujets tellement graves ou tellement beau qu’il sont incontournable.

      Même si comme tu dis Paul l’affinité avec le sujet en question compte beaucoup : Rémy peux tu écrire un texte pour apprendre à Paul à appeler un chat ?

  • Oria de Timonier dit :

    Shanghai…Shanghai…Shanghai. Pouvez vous Rémy, avec votre art d’aborder un texte de différente façon, écrire encore sur la ville de Shanghai ?

  • euh…bon, moi j’espère que j’ai la permission de donner mon avis …! 😉
    est-ce un site libre d’expression ici où il y a tjs qu’elqu’un qui va dire ce qu’il vaut mieux ecrire ou dire, etc…?
    Que l’artiste s’exprime dans son art librement que diable!

  • Caroline dit :

    Jolie description d’une ambiance exotique et dépaysante, vivement l’intrigue dans ce décor remarquablement dressé…

    • viviane dit :

      Moi, je suis comme Paul, je ne suis sensible qu’à ce que je connais, ce que je reconnais.
      Ce n’est pas la façon d’écrire qui touche mais l’ambiance, ce qui dans l’écriture nous rappelle quelque chose, les gens qu’on aime, qu’on a aimé, les lieux, l’enfance.
      Je ne pense pas que ce soit de l’insensibilité bien au contraire.


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