Sous l’abbaye

Le pari, écrire une nouvelle par jour en 1.500 caractères

Sous l’abbaye

A mon ami Rodolphe A., pour qui ce qui n’est pas charnel lien… n’est pas.

Sous l'abbaye

Tableau de l’auteur

La crypte de l’abbaye gronde. La profanation se prolonge depuis 220 ans. Le rez-de-chaussée, où traînassent des employés incultes du Conseil régional, est occupé par une exposition immonde, inaugurée par un gras président vide d’une Région anonyme, véritable insulte aux murs qui l’enceignent. La chapelle voit déambuler des touristes qui jugent froidement 15 siècles. Le mot de “religion”, conservé derrière la vitre d’un bahut fané, souligne un livre ouvert au chapitre des « Coutumes, privilèges, croyances et superstitions », à côté d’un chapelet, d’une tiare, d’un bénitier d’améthyste aux magies incomprises.

Les petits veaux du veau d’or, qui dénonçaient une “religion, opium du peuple”, que financent-il dans l’anti-chambre de leurs maçonneries ? Mille opiums, religions du peuple ! Leur propagande parle d’obscurantisme sous l’éternel soleil, et s’éclaire, misérable, des Lumières artificielles.

Où sont les moines ? Disparus. Tant pis pour vous ! Ne savez-vous pas ? Ils barraient le chemin au mal, d’une croix. Les hommes de Dieu ne sont plus là pour empêcher les puissances telluriques de reprendre l’assaut. Parmi elles, Tempête, Maladie et Catastrophe, la plus redoutée est la Folie : la terrifiante gorgone reine, jadis ensevelie, remonte de son sépulcre au monde par les fondations d’hérétiques fantaisies.

Le sous-sol vengeur de l’abbaye laisse revenir au jour vingt mille ans de terreur libérée. Déjà, la dévastation refait des vagues du sang puant des morts qui enterrent les morts.

 

  • Paul dit :

    Les églises vides, et elles sont de plus en plus nombreuses, appartiennent à qui y entre… Impression étrange pour qui n’a pas eu à les craindre.

  • Oria de Timonier dit :

    L’église est sacrée, ainsi que ses fidèles compagnons à présent : mosquées, synagogues et temples. Ils luttent tous contre ces vingt mille ans de terreurs et de morts, de folies qui voudraient resurgir d’outre-tombe. Ils ne désespèrent pas d’y arriver. Celui ou celle qui ne perçoit pas le sacré de l’église, de la mosquée, de la synagogue, du temple ne connaît pas l’amour.

  • Bravo pour la peinture aussi,il est important de souligner tes talents artistiques!
    Je comprends que ce soit un de tes textes préférés.On retrouve le mal, la mort, la peur, et la folie des hommes qui engendrent ,hélas, autant de sources d’inspiration en écriture.

  • Oria de Timonier dit :

    Puisque Juda nous t’avons découvert un cœur,
    puisque Juda tu t’es assis pour pleurer,
    puisque les larmes ont coulé de ton corps,
    alors nous te pardonnerons.

    Ton repentir et ta joie renaîtront à l’aube
    et tu seras ce qu’est l’amour pour l’humanité.
    Mais si la traîtrise ou l’envie de mourir te guettait
    alors tu seras banni du Royaume de notre père à tous,
    le Saint-Esprit, Dieu tout-puissant, notre Seigneur.

    Les serviteurs de notre Seigneur nous ont dit
    que leurs âmes sont telles la rosée du bonheur
    auprès de notre Seigneur.

    Au petit matin, les serviteurs de notre Seigneur ont bu les quelques gouttes
    sur les feuilles du printemps et sur les feuilles de l’été,
    mais ils ont vu que cette rosée était les larmes de leurs morts et de leurs oubliés.
    Alors ils se sont dit mais pourquoi ?
    Pourquoi n’avons-nous pas plutôt compris que nous étions dans l’erreur
    et que cette rosée n’était pas celle de l’aube.
    Mais celle des larmes de nos frères.

    C’est alors que les serviteurs de Dieu ont porté les yeux brulants,
    la mémoire de ces feuilles et ces fleurs à la connaissance de notre père à tous.
    Le Seigneur Dieu.

  • Puisse Dieu entendre vos prières.Les miennes se réalisent chaque jour, merci merci, merci ! comment se peut-il que les hommes aient pu détourner le vrai message de Dieu ?

  • arfeuil dit :

    Qu’avons-nous à vouloir chercher autre génie que celui du christianisme? Quel est cet orgueil à vouloir exister et vivre en jetant aux oubliettes toute référence au passé, aux racines de nos pères? Quelle tristesse dans cette abbaye, transformée en jouet pour coeurs modernes convertis au culte de soi. Et pourtant, il suffirait de respirer profondément, de se taire et poser sa joue contre un pilier de pierre pour sentir et humer ce passé empreint de sens, de foi et d’espérance. Que Dieu pardonne cette folie du temps qu’est la légéreté insouciante généralisée, l’oubli de Lui! Quelle que soit l’immensité insondable de Son Amour, Il faudra bien en répondre un jour, individuellement, devant Lui.

  • Catrans Apré dit :

    « Les moines barraient le chemin du mal d’une croix » ! Sainte mère, eux aussi , hélas, à la longue ont été totalement inefficaces. Ils ont commis le péché d’orgueil sans doute…. Ne soyez pas méprisants envers nos malheurs, nos vies pourries de « mille opiums ». Ayez pitié de nous ! « Le sous-sol vengeur de l’abbaye .. . » Notre Dieu serait-il impitoyable ? Pour l’instant a-t-il fait un pacte avec Allah se demandait mon voisin? Et dans cette lutte terrible, comme dernièrement entre l’homme et la machine, qui serait le plus fort de lui ou de sa créature?
    Voyez où vous emmenez vos pauvres lecteurs! Pitié!


  • >